Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

366 VOYAGE EN RUSSIE. Trente-six heures nous suffirent pour arriver à Tarky. Là, je me joignis à quelques habitants de Kislar, Arméniens, marchands de soie, et nous arrivâmes en quinze heures sous la protection d ’ une escorte de Cosaques. Ici je me trouvai dans un riche pays de vignobles et de mûriers, au milieu d ’ une nature féconde, sur les bords d ’ un fleuve rapide , ombragé de grands bois et pittoresquement accidenté. J ’ étais trop pressé de partir pour m ’ arrêter longtemps à Kislar, dont la physio ­ nomie, d ’ ailleurs, est beaucoup plus asiatique qu ’ elle n ’ est russe, ne fût-ce que par ses habitants, qui sont presque tous Arméniens et Tatars, et les quatre ou cinq mosquées qu ’ on y voit, tandis qu ’ il ne s ’ y trouve que deux églises russes *. Tous ceux qui ont ouvert une carte de géographie savent que le Caucase forme une chaîne de montagnes primitives, qui s ’ étend entre la mer Noire et la mer Caspienne, ayant son inclinaison à l ’ orient et s ’ abaissant d ’ un côté vers la Perse, tandis qu ’ au nord elle penche vers la Russie , qui en possède une grande partie. Rien de hardi et de grandiose comme ces cimes sourcilleuses dont quelques-unes, couronnées de neiges éternelles, vont se per ­ dre dans les nuages ; ces montagnes renferment dans leur sein des vallées profondes, des plateaux verdoyants, des sites agrestes, des ravines aux flancs déchirés, des torrents, des rivières, un fleuve, des bois; et puis des villages aux pentes des rochers, des tribus de peuplades guerrières, une population tout entière de •soldats vêtus d ’ acier, franchissent leurs montagnes sur des che ­ vaux dociles et vigoureux, hardis et légers; ces soldats sont les Circassiens, les Tcherkesses, plutôt, qu ’ on désigne ici de l ’ appel ­ lation générale de montagnards; ces mortels ennemis des Russes, et contre lesquels les Russes ont dû établir une formidable ligne 1 11 se fait à Kislar un grand commerce de vin, de soie et d ’ huile de sésamé ; c ’ est d ’ ailleurs l ’ entrepôt de la plupart des marchandises qui viennent d ’ Astrakhan pour aller en Perse, et parmi les peuples des montagnes du Caucase. C ’ est aussi à Kislar qu ’ arrivent les marchandises de ces pays.

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