Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

36 ’ 2 VOYAGE EN RUSSIE. entre des rives basses, à travers des steppes où l ’ œil chercherait en vain quelque accident. Tout ce qu ’ il peut découvrir, c ’ est quelquefois des villages nomades, qui parcourent la plaine en ca ­ ravanes, et campent à la manière des vieux Gaulois, en s ’ entou ­ rant de leurs chariots comme d ’ un rempart. Quant aux villes que j ’ ai nommées, ce sont tout au plus de gros bourgs bâtis en bois, sauf les maisons de la couronne. Tcherkask remonte à la fin du xvi e siècle, et Novoï-Tcherkask date à peine de trente ans. Reste le voyage lui-même, le voyage en tarantass, car c ’ est pour ces vastes pays de plaines que la tarantass a été ima ­ ginée. Mais ce voyage promet-il de racheter, par quelque chose de saillant, les fatigues atroces qu ’ il impose, sans parler des priva ­ tions? On pourra en juger par les fragments qui suivent, et que je tire de la correspondance d ’ un de mes amis, appelé il y a une couple d ’ années à traverser les steppes des Cosaques du Don et ceux de la Petite-Russie. « A mesure qu ’ on avance dans la partie méridionale du gouver ­ nement de Voronèje, qui touche à la terre des Cosaques du Don, la route devient plus impraticable. Tantôt elle traverse des plaines de sable où les roues disparaissent jusqu ’ aux essieux, avançant péniblement et faisant à peine une verste à l ’ heure, malgré les efforts de douze chevaux ruisselants de sueur; tantôt ce sont des steppes sans fin, où le regard interroge vainement l ’ horizon pour découvrir une cabane, un arbre, un peu de verdure qui repose la vue ; puis des rivières sans pont, qu ’ il faut traverser sur des bacs informes, ou des ravins creusés par la fonte des neiges, véritables précipices qu ’ il faut franchir sur des planches disjointes jetées sur des poutres vermoulues. Les cochers russes, qui connaissent ces passages, ont l ’ habitude de les franchir au grand galop de leurs chevaux, et il n ’ est pas rare de voir le tout s ’ écrouler après le rapide vol de la voiture. Inutile d ’ ajouter qu ’ au milieu de ces plaines arides le voyageur ne trouve d ’ autres comestibles que ceux qu ’ il y apporte.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2