Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
ASTRAKHAN. 359 Je visitai tous ces bazars avec un avide intérêt, mais je ne pus en apprécier que le coup d ’ œil, que le caractère extérieur, que l ’ effet pittoresque, car pour le reste il aurait fallu comprendre ces marchands, entrer dans leurs magasins, prendre des notes, poser des chiffres, relever des faits ; mais encore une fois, il aurait fallu savoir leui ’ idiome, connaître au moins le tatar, qui leur sert de langue de communication. Je voulus hasarder quelques mots russes ; je ne fus pas compris. Je me consolai toutefois en pensant que ce que j ’ aurais pu recueillir de positif m ’ aurait gâté peut- être ce que je voyais : car ce tableau, qui me faisait rêver des mar chands de Bagdad et de Bassora des vieux contes arabes, revêtait dans mon imagination toutes les couleurs de la poésie orientale. Astrakhan me réservait un tableau d ’ une autre nature, et sinon pittoresque comme un conte arabe, du moins curieux comme un récit de Rubruquis ou de Mandeville : c ’ est celui que me procura une visite faite au temple kalmouk. Ce fut comme une vision fan tastique, comme un' songe bizarre auquel j ’ assistais tout éveillé et dont je dus le spectacle à un officier de la troupe régulière de Kalmouks, dont j ’ ai déjà dit un mot. Entré dans le temple, je demeurai immobile dans la partie haute et regardai; voici ce que je vis. Devant moi s ’ étendait un vaisseau à la voûte élevée et dont pour rait donner une idée l ’ intérieur d ’ une de nos églises du moyen âge. Le long des parois latérales régnait une assez grand nombre de fenêtres étroites et cintrées, percées dans un mur d ’ une épaisseur prodigieuse : elles étaient surmontées d ’ une sorte de bannière représentant je ne sais quelles figures peintes de couleurs écla tantes. Au milieu de la nef, une sorte de chaire ou de siège en pierre; et, au fond, une table simulant un autel, avec une idole accroupie et revêtue d ’ un large manteau traînant. Le lama ou grand prêtre était coiffé d ’ un majestueux bonnet en pointe, aux côtés arrondis, et portait un magnifique manteau d ’ une étoffe de prix, et de couleur jaune orange.
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