Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
356 VOYAGE EN RUSSIE. La deuxième partie d ’ Astrakhan date du règne du tsar Michel ou Mikhaïl Féodorovitch ; elle est également entourée de fortes mu railles, et porte le nom de Biéloï-Gorod, comme à Moscou, la ville blanche. Au midi du kreml ou de la forteresse se trouvent l ’ ami rauté et le port, construits par Pierre I er en 1722, car la main du grand homme atteignit à tous les points de son vaste empire, et partout laissa quelques marques de sa prévoyance et de sa force. Près de la ville, mais en dehors, les villages des Tatars; et derrière la ville, les habitations des Kalmouks. On peut se faire une idée de la physionomie des environs d ’ Astrakhan, en se représentant ces villages, ces tentes, ces jardins, ces prairies, ces grands peu pliers, où la vigne monte et s ’ enlace comme à Florence; ces cha meaux de Tatars qui portent des légumes à la ville ; ces télègues russes tirées par des buffles, et les kibitkes des Kalmouks par des bœufs; et puis, ce grand fleuve aux flots d ’ argent qui traverse tout cela, avec ses îles, ses pêcheries, sa navigation, son peuple de ma riniers ; et çà et là, au loin, de longues échappées sur le désert, où parfois se dessine à l ’ horizon la silhouette mongole de quelque troupe de Kirghiss à cheval. Il y a au milieu de ce paysage un jardin renommé , qu ’ on ap pelle les Vignes : c ’ est un modèle de culture et de sites habilement ménagés; les habitants du pays y font des parties, s ’ y rendent les grands jours, car il n ’ est qu ’ à quelques verstes. Pour moi, je lui trouvai trop la physionomie européenne; mais je fus bien aise d ’ y manger de ces fameux raisins d ’ Astrakhan qui approvi sionnent, pendant l ’ hiver, toutes les villes septentrionales de l ’ empire. Nous approchions de la fin d ’ août, et j ’ en trouvai de mûrs. J ’ avoue que je n ’ y reconnus point ces raisins sans douceur qu ’ on achète si cher à Saint-Pétersbourg et à Moscou; leur grain, un peu ferme, craquait sous la dent et répandait dans la bouche une liqueur d ’ un goût parfait. J ’ ai donné une idée générale de la division de la ville, mais il faut en voir l ’ intérieur. Entrons par la barrière ou la porte de
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2