Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

ASTRAKHAN. 355 Ceci est bien la représentation d ’ un rêve; qu ’ on y songe : au bout d ’ un long désert une ville magnifique; au delà, une mer aux rives inhospitalières; à droite, les steppes de l ’ Oural; à gauche, les steppes des Cosaques; autour de soi, des villages de Tatars, des tentes de Kalmouks, des tribus de Kerghiss!... Ville étrange tout à la fois et merveilleuse! Certes, je ne comparerai Astrakhan à aucune des cités russes que j ’ ai visitées jusqu ’ ici. Si elle est merveilleuse, c ’ est moins par ses bâtiments, moins par sa richesse, moins par ce qui constitue ailleurs la beauté des grandes villes, que par son existence même aux lieux où elle se trouve, que par la physionomie et l ’ aspect moral que lui donnent les peuples qui l ’ habitent, que par le caractère unique au monde que lui impriment toutes ces nations asiatiques, qu ’ on dirait envoyées là par leur grande patrie pour reconnaître en son nom la suzeraineté mosco ­ vite. Car si Astrakhan compte trente et un mille habitants, il y a à peine quinze mille Russes, les autres sont Tatars, Kalmouks, Indiens, Persans et Boukhares 1 . 11 ne faudrait pas prendre les géographes à la lettre, et croire qu ’ Astrakhan soit bâtie au bord même de la mer Caspienne. Ceci est vrai d ’ une manière générale, car en vérité, dans des pays où l ’ espace est si vaste, quatre-vingts verstes ne comptent pas. Et moi- même j ’ ai dit : « Astrakhan, bâtie à l ’ embouchure du Volga, dans la mer Caspienne. » C ’ est que, rigoureusement, elle est bâtie à l ’ embouchure de ce fleuve, à l ’ endroit où commencent les soixante- douze branches dont j ’ ai parlé, dans une île formée par deux de ces branches, laquelle est appelée Zaïetchy-Bougor, c ’ est-à-dire colline du lièvre. Ici la ville s ’ élève, non pas sur une, mais sur plu ­ sieurs collines, car elle s ’ est étendue au delà du Zaïetchy-Bougor, où il n ’ y a que le kreml, édifié par Jean IV ; c ’ est une forteresse solide, entourée de murs crénelés, et, depuis l ’ époque de sa fon ­ dation, consolidée encore par plusieurs constructions nouvelles. 1 J ’ ai recueilli quelques chiffrés: Tatars, dix mille; Arméniens, quatre mille; Persans, cinq cents; Indiens, quatre cents, etc., etc.

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