Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
330 VOYAGE EN RUSSIE. grandes sommes de ses pêches. On me parla de 40,000 roubles argent, ce qui représenterait 160,000 francs. Quoi qu ’ il en soit, notre intention était d ’ abattre quelques pièces de gibier, Hilarion m ’ ayant déclaré que nous ferions maigre chère ce jour-là, si la chasse ne nous venait en aide. Cette île, que je jugeai avoir deux ou trois lieues de tour, ren fermait de vastes espaces couverts de bruyères ou de mousse épaisse et humide; quelquefois on y voyait un étang ou un petit lac, dont une ceinture de verts roseaux marquait la circonférence. Nous nous trouvions à deux cents pas d ’ un de ces bassins, sur la surface duquel une troupe d ’ oies sauvages s ’ était abattue. A notre approche, ces oiseaux effrayés s ’ élevèrent à la fois avec de grands cris, comme s ’ il y avait eu là quelque Capitole moscovite à sauver. Je tirai... deux tombèrent, mais sur les bords même du lac; n ’ ayant pas de chien, je me précipitai pour aller ramasser mon butin. Hilarion me cria d ’ arrêter, je ne l ’ écoutai point; je sentis tout à coup le sol trembler sous moi... Je m ’ arrêtai, mais il était trop tard; le sol avait cédé et je m ’ y trouvais enfoncé jusqu ’ aux genoux; et comme je fis quelques efforts pour sortir de là, je m ’ aperçus avec effroi que j ’ enfonçais davantage. Hilarion me cria alors de demeurer immobile, seulement de coucher mon fusil devant moi et de m ’ y appuyer des mains, ajoutant qu ’ il allait revenir bientôt. Effectivement, je ne tardai pas à le voir reparaître suivi de deux pêçheurs qui portaient chacun une longue planche. Arrivés à ma portée, ils firent glisser ces deux planches jusqu ’ à moi et vinrent ensuite me délivrer. Je confesse humblement que j ’ avais passé d ’ horribles instants; je ne saurais dire combien de sombres et funestes visions m ’ avaient traversé l ’ esprit... Je son geais avec épouvante à tous les infortunés qui avaient été en gloutis vivants dans les sables mouvants de certains rivages ou dans la vase des marais, et je me voyais à la veille de subir le même sort !... J ’ appris, en effet, que si mon élan m ’ avait porté vingt pas plus
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