Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
326 VOYAGE EN RUSSIE. et qu ’ on prendrait pour une cité coquette et riante; c ’ est Ouviky au fond d ’ une baie que forme la saillie d ’ une colline immense, au pied de laquelle s ’ abrite un autre village. Sur cette colline, dit la tradition, s ’ élevait autrefois une grande cité talare, la tradition n ’ en dit pas davantage. Puis la vue descend avec les festons de la rive, et sur cette rive, à l ’ orient, les prairies déroulent au loin leur vaste tapis d ’ émeraude*, tandis que le fleuve aux larges et gigantesques méandres poursuit majestueusement son cours entre les steppes et les montagnes qui le bordent, jetant son écume à ses deux rives étonnées de se voir si dissemblables. Je dois avouer que l ’ intérieur de Saratoff, malgré son étendue, ses quarante-cinq mille habitants, son aisance et son activité, me plut médiocrement. Je n ’ avais pas fait deux mille verstes, depuis Saint-Pétersbourg, pour venir voir des ravins dans des rues, des chaumières adossées à de grandes maisons, une église avec un dôme de bois, et des places sans verdure ni ombrage. Toutefois la situation de la ville au centre de ces rochers, sur cet escarpe ment élevé, avec ce large fleuve à ses pieds, ces prairies, ces steppes, d ’ un côté; de Vautre-, ces bords pittoresques, ces mon tagnes nues, ces plaines cultivées, et partout cette nature aux larges traits, aux contours énergiques , tout cela méritait bien d ’ être vu... D ’ ailleurs que de choses me restaient encore à voir, qui devaient me faire oublier les fatigues du voyage!... Hilarion ne comprenait pas que je fisse tant de chemin pour si peu, et il me demandait naïvement si dans mon pays il n ’ y avait ni fleuves ni montagnes; cependant il finit par s ’ accoutumer à cette vie de touriste curieux : il y prit même goût, et sa bonne volonté ne tarda pas à se manifester par les soins avec lesquels il prenait des informations sur ce qu ’ il jugeait pouvoir m ’ intéresser ; il venait ensuite me les communiquer. Ce fut par lui que j ’ appris 1 Ces prairies s ’ étendent au nord, où se trouvent les paysages suisses les plus frais et les plus variés; mais en descendant avec le fleuve, elles s ’ en vont confiner aux landes et aux steppes du désert-
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