Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
SARATOFF. 323 IX SARATOFF. La ville. — Les bords du Volga. — Les colonies. — L ’ île et le sol mouvant. — La cabane des pêcheurs. — Les ruines de Saraï. Voici sans contredit l ’ une des villes et l ’ une des provinces les plus pittoresques et les plus intéressantes de la Russie. Rien de varié, de contrasté, de tranché comme le gouvernement de Sara- toff : aspect, terrain, sites, productions, habitants, rien ne s ’ y ressemble. Le Volga, qui le coupe en deux grandes parties, l ’ une occidentale, l ’ autre orientale, semble avoir voulu séparer deux natures opposées, deux pays étrangers, et qui ne sauraient avoir de rapports entre eux. En effet, à l ’ orient, sur la rive gauche, en aval, les steppes, le désert, les tentes des Kalmouks et des Kirghiss; à l ’ occident, au contraire, les vues alpestres, les horizons riants, les grasses moissons, les pêcheries abondantes, les pittoresques bourgs sur les méandres des rivières, les collines ombragées, les villages russes, les colonies allemandes, la vie, le mouvement, le travail, l ’ industrie : ce sont ensuite les souvenirs des mauvais jours passés, les invasions-des Tatars, les attaques de Stenko- Razine, celles de Pougatcheff, ce farouche Cosaque qui prétendait, en plein dix-huitième siècle, ressusciter les temps des faux Dmitri, en se faisant passer pour Pierre III, mort dans la forteresse de Schlüsselbourg. Et je n ’ ai point parlé des ruines de Saraï, cette ancienne capitale de Ratou-Khan, des chefs de la Horde d ’ or, lieu de funeste mémoire pour les Russes, car c ’ était là que leurs grands princes venaient payer le tribut et courber le front devant des maîtres insolents, mendier leurs faveurs, sourire à leurs caprices, recevoir de leurs mains quelque honteuse investiture et souvent laisser leur tête
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