Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

NICOLAS KARAMSINE. 319 malheureusement il ne put conduire que jusqu'à l ’ époque des faux Dmitri, fut l ’ œuvre du reste de sa vie; cette œuvre illustra sa mémoire. On voit si Nicolas Karamsine a mérité le monument que sa ville natale montre avec orgueil au voyageur. Dmitrieff, également de Simbirsk, fut son ami et son collabo ­ rateur. Il travailla avec lui au Courrier de l'Europe. Dmitrieff peut être considéré comme le Karamsine de la poésie; il assouplit le vers comme Karamsine avait assoupli la prose; il le rendit facile, alerte; il lui donna du trait; aussi ses principales compositions appartiennent-elles au genre léger : ce sont des contes, des fables, des chansons. Les critiques russes trouvent dans ces productions quelque chose de l ’ exquise finesse , de la grâce spirituelle des poésies légères de Voltaire. Dmitrieff tient une place importante parmi les écrivains de cette époque, sur le goût desquels il eut une grande influence. Il est un nom que je ne saurais ici passer sous silence, c ’ est celui du poète Joukovsky, qui fut l ’ ami de Karamsine et de Dmi ­ trieff, et qui, plus heureux, devait assister à l ’ épanouissement de la pensée nouvelle. Tandis que Dmitrieff s ’ inspirait de l ’ esprit léger de Voltaire, Joukovsky imitait Schiller et Byron. Il fut ainsi le premier qui représenta dans son pays ce qu ’ on a longtemps appelé Yécole ro ­ mantique. La littérature russe lui doit la ballade allemande, dont il sut approprier les formes au génie de son pays avec une sensi ­ bilité et une douceur parfaites. Son succès fut immense, et bien ­ tôt il put voir graviter autour de lui un essaim d ’ imitateurs jeunes et passionnés. L ’ école de Joukovsky, en Russie, pourrait, dans une certaine mesure, être comparée à l ’ école des lakistes en Angleterre. Elle eut sa vogue, ses admirateurs fanatiques, ses adeptes fervents, puis elle tomba dans l ’ oubli, et l ’ engouement contemporain épuisé, la critique devint sévère pour Joukovsky : elle lui refusa l ’ originalité, mais, ajouta-t-elle, comme imitateur,

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