Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
320 VOYAGE EN RUSSIE. il fut remarquable. C ’ est lui faire une trop mince paît; son in fluence fut grande sur l ’ activité des esprits. On peut affirmer qu ’ en poussant ses contemporains à l ’ étude sérieuse des littéra tures allemande et anglaise, il servit la cause du génie national plus encore que celle des modèles étrangers. Encore un nom : M. Batiouchkoff fait aussi partie du groupe de poètes qui appartiennent au règne de l ’ empereur Alexandre. Au lieu de s ’ adonner, comme Joukovsky, aux inspirations ger maniques, il interrogea les antiques souvenirs de Rome et d ’ A thènes. Quelques-unes de ses compositions, telles que la Bac chante, pourraient être prises pour des inspirations retrouvées de la muse grecque. Qu ’ ils dominassent l ’ imitation servile, comme avait fait Ozeroff dans ses tragédies, qu ’ ils étudiassent l ’ Allemagne avec Joukovsky, ou la Grèce avec Batiouchkoff, tous ces artistes de la pensée n ’ en étaient pas moins fidèles à un devoir commun, celui de frayer la voie à la génération puissante qui grandissait autour deux. Un poète arriva qui résuma, qwi-.eoJicentra'en lui-même toutes ces inspirations, tous ces efforts incomplets ; il leur donna la vie et l ’ unité. Ce fut Pouchkine. L ’ époque de Pouchkine, qui date du commencement du règne actuel, fut ainsi préparée par les nom breux poètes auxquels Karamsine donna l ’ impulsion. Cependant le mouvement provoqué par Karamsine ne devait pas seulement produire les précurseurs de Pouchkine et du groupe d ’ ardents artistes dominés par ce poète, il devait donner aussi un précurseur à la période d ’ observation et d ’ analyse sati- rique dont Gogol a été le représentant, et qui se continue encore de nos jours. C ’ est ce qu ’ on appelle dans le pays l ’ école réaliste. Je m ’ arrête, car je ne prétends pas tracer ici un tableau de la littérature russe; je n ’ ai voulu que fixer quelques faits, particu lièrement nécessaires à l ’ appréciation de Nicolas Karamsine, au quel il m ’ était impossible de ne pas consacrer quelques lignes en visitant Simbirsk, sa ville natale.
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