Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

318 VOYAGE EN RUSSIE. de Moscou, qu ’ il publia en 1792, montra la langue de Lomonossoff tout à coup débarrassée de ses longues périodes latines, de ses inextricables constructions germaniques, qui la gênaient en l ’ a ­ lourdissant. Transformée sous la plume du nouvel écrivain, la prose russe devint facile, coulante et gracieuse. Cependant cette réforme, si nécessaire qu ’ elle fût, produisit un schisme littéraire qui divisa l ’ empire. Moscou, la cité ardente et novatrice, accepta le système de Karamsine, et Saint-Pétersbourg se déclara pour la vieille langue de Kantémir et de Lomonossoff. La dispute fut passionnée et se prolongea longtemps. Elle agita la littérature russe jusqu ’ au moment où des questions plus hautes, soulevées par les tendances nouvelles des littératures européennes, vinrent transformer le débat en l ’ élargissant. Voilà donc le premier mouvement fécond des lettres russes; il est dû à une réforme grammaticale. La question posée par Karamsine excite les esprits, les pousse aux études sérieuses de la langue nationale, à l ’ examen des autres langues, aux essais de toute sorte. Karamsine vint visiter l ’ Europe. Son intelligence slave s ’ abreuva aux sources mêmes des littératures vivantes, et s ’ imprégna d ’ idées et de couleurs nouvelles; elles s ’ agrandit, et l ’ écrivain songea à enrichir sa patrie du résultat de ses voyages. A peine revenu en Russie, il publia une nouvelle feuille, le Cour ­ rier d ’ Europe, où se rallièrent les écrivains les plus connus, tous ses amis ; en même temps ses Lettres d ’ un Voyageur russe faisaient connaître l ’ Europe à ses compatriotes, en les initiant d ’ une ma ­ nière piquante à ses mœurs, à ses lettres, à ses arts, à ses idées. D ’ autre part, le Panthéon des auteurs russes et le livre sur [ ’ Anti ­ quité de la Russie annonçaient un esprit vivement entraîné vers les recherches historiques, et faisaient pressentir le grand his ­ torien de l ’ empire. L ’ Histoire de Russie, ouvrage imposant, que donna l ’ âme, la vie, la revêtit-de formes plus nouvelles et plus artistiques, lui com ­ muniqua enfin la grâce en même temps que la beauté. (Critique russe du Messager de Saint-Pétersbourg, année 1844.)

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