Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
NICOLAS KARAMSINE. 317 lence, et là s ’ entretenaient, se nourrissaient les instincts et les sentiments nationaux. L ’ histoire du pays commençait à se répan dre avec la pensée populaire et nationale. Derjavine, le premier poëté véritable de ce pays, l ’ imitateur de Jean-Baptiste Rousseau, et qu ’ on peut à juste titre appeler lui-même le Jean-Baptiste Rousseau moscovite, Derjavine sut plus d ’ une fois s ’ élever à cette hauteur d ’ inspiration où toute imitation disparaît. L ’ accent populaire triompha souvent sur sa lyre des réminiscences latines ou françaises. Vers la fin du règne de l ’ impératrice Catherine, et au commencement de celui d ’ Alexandre, l ’ imitation étrangère avait pris d ’ ailleurs un caractère plus rationnel; elle s ’ étendait à l ’ Angleterre et à l ’ Allemagne. En meme temps, l ’ antiquité clas sique était étudiée sérieusement. Évidemment la pensée mosco vite tendait à se dégager; les tentatives originales allaient suc céder aux recherches laborieuses; mais la nouvelle ère qui s ’ an nonçait devait se partager elle-même en deux phases distinctes : le règne d ’ Alexandre, remarquable surtout par la diversité des tentatives, qui embrassent tous les genres ; l ’ époque actuelle, où le génie russe semble avoir fait son choix et vouloir concentrer ses efforts sur l ’ observation, sur l ’ étude ou la satire des mœurs nationales. Ici nous trouvons Karamsine. C ’ est lui qui a présidé aux premières manifestations du génie russe sous le règne de l ’ empereur Alexandre. Il sut communiquer à ses contemporains l ’ activité pleine d ’ initiative qui l ’ animait. La prose russe, malgré les efforts de ses anciens réformateurs, était demeurée frappée de rudesse et d ’ obscurité. Karamsine entreprit de l ’ assouplir et de lui donner la clarté. Il y réussit 1 . Le Journal 1 Le temps a créé Karamsine, et à son tour Karamsine a créé pour ses contem porains ce que lui permettaient les riches et précieuses qualités dont l ’ avait doué la nature. Un esprit profond, les capacités les plus étendues et qui s ’ étaient assimilé l ’ instruction la plus variée, un goût inné, épuré par l ’ étude si diverse des littéra tures contemporaines, tels, et bien plus encore, étaient les dons qu ’ il possédait, et ce fut lui qui devait achever ce que Lomonossoff avait commencé. L ’ un avait tiré du néant la langue littéraire, l ’ autre la perfectionna, la dota des magies du style, lui
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