Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

NICOLAS KARAMSINE. 315 verses sacrées, aux chroniques verbeuses qui composent presque uniquement l ’ antique littérature moscovite. Un seul poème che ­ valeresque du douzième siècle, les Exploits d ’ Igor (Slovoo Polkou Igoria), retrouvé en 1796, pourrait en faire supposer d ’ autres demeurés inconnus 1 . L ’ époque de Pierre le Grand arriva. Ce prince, dont le génie n ’ oubliait rien, voulut aussi créer dans son empire une poésie nationale; mais il fallait commencer par donner à la Russie un alphabet. Il en traça un de sa propre main! Ce fut le point de départ; mais si, à compter de ce moment, la langue vulgaire se sépara de la langue slavonne, spécialement consacrée à l ’ usage de l ’ Église, ce ne fut pas sans en retenir nombre d ’ expressions qui, jointes aux emprunts faits aux langues étrangères et à cer ­ tains restes du dialecte de la Russie-Blanche, formèrent un mé ­ lange confus d ’ éléments grossiers qu ’ il s ’ agit de coordonner et d ’ épurer. Si la Russie entra avec Pierre 1 er dans la plénitude de sa puis ­ sante unité, si elle ne tarda pas à en acquérir le sentiment, elle ne laissa pas de se trouver quelque peu étonnée en présence de l ’ Europe, qui venait de lui ouvrir les trésors de sa vieille civi ­ lisation. La voilà donc obligée de se dédoubler, si l ’ on peut ainsi dire, forcée qu ’ elle est, d ’ un côté, d ’ étudier cette civilisation, ces arts, encore si nouveaux pour elle ; de l ’ autre, de travailler à son propre développement, au développement de sa force, de son énergie intellectuelle. C ’ était une double action , deux efforts parallèles, qui devaient naturellement commencer par se contra ­ rier, s ’ affaiblir même l ’ un l'autre, mais qui ne pouvaient man ­ quer néanmoins d ’ aboutir à un triomphe commun. Le grand objet des écrivains russes de cette époque, leur travail en quel- 1 Je fais une exception en faveur des contes petits-russiens, dont j ’ aurai quelques mots à dire à l ’ article de Kieff, ainsi que d ’ une saga, sorte de tradition chevale ­ resque appartenant au cycle de Vladimir le Grand (Dobrina Nikltitch), qui peut faire supposer toute une série de poèmes semblables.

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