Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

306 VOYAGE EN RUSSIE. J ’ avoue que ces détails me donnèrent peu le désir de porter jusque-là ma curiosité de touriste. Je nourrissais le désir de voir quelques Tatars de la haute classe, d ’ observer par moi-même les mœurs de ces descendants des glo ­ rieux vaincus de 1552. J ’ en fis part à mon hôte. — C ’ est pour le mieux, me répondit-il. Préparez-vous à m ’ accompagner demain chez un de leurs personnages importants. J ’ étais curieux de savoir chez qui. — Attendez demain, car il faut que je le fasse prévenir, et je veux jouir de votre surprise. Le lendemain, un peu avant l ’ heure de dîner, nous montâmes en voiture et prîmes la direction des deux villages dont j ’ ai parlé; nous fûmes bientôt arrivés devant une maison élégante et dans une position charmante, sur un petit lac 1 , ayant pour perspective à sa droite un joli village, et à sa gauche, sur la hauteur, la ville. — Nous voici arrivés chez le mollah, me dit Paul Borissovitch. — Chez le mollah ! répétai-je plein d ’ étonnement. — Chez lui-même. N ’ avez-vous pas désiré voir des Tatars de la classe élevée ? Je lui serrai la main. Le patriarche tatar nous reçut avec force salutations et les marques d ’ une grande déférence, accordées sans doute à mon introducteur. 11 nous parlait russe. Bientôt nous fûmes introduits dans une salle où nous trouvâmes quelques personnes, et parmi elles un moufti. Dans cette salle se trouvait une table couverte de plusieurs mets : c ’ était d ’ abord un vase rempli d ’ une sorte de soupe au mouton avec des quenelles en hachis. Un autre plat favori des Tatars figurait à côté de la soupe, c ’ était un grand pâté de mouton au riz et à la pâte de fruits secs; tout cela était entre ­ mêlé de pastèques, de melons, de cerises, de frambroises et de je 1 Le lac Kaban. Il y a à Kazan quatre lacs. J ’ en ai nommé un, le lac Noir, au mi ­ lieu de la ville. Restent le grand et le petit Kaban, en communication avec laKazanka, et le lac Vannü (des bains) des bains qui s ’ y trouvaient autrefois.

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