Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

288 VOYAGE EN RUSSIE. une liste de tous ceux qui persistent à demeurer fidèles à leur drapeau, après quoi il s ’ adresse à l ’ armée, et, lui ayant fait con ­ naître les noms inscrits : «Les autres peuvent s'en retourner, dit-il, ce sont des lâches, et les lâches ne sauraient que nous embar ­ rasser, et nous voleraient la moitié de notre gloire. Quant aux autres, ils seront mes enfants; je veux qu'on me fasse connaître leurs besoins, et pour les soulager je partagerai avec eux tout ce que je possède. » Ces paroles sont accueillies avec transport... Les murmures cessent; il n ’ y a qu ’ une voix et qu ’ un cri : Marchons! s ’ écrient les soldats... suivons notre tsar où il voudra ; il saura récompenser nos services, et ne nous abandonnera pas. Ceci se passait dans la ville de Kolomna, où Jean avait réuni sou armée. Elle se remet en marche. La voici à Sviajsk, cette ville qu ’ il avait fait bâtir pour contenir Kazan. Sa joie fut grande à la vue de ses fortifications, de ses remparts, de sa cathédrale, où il se rendit d ’ abord, car le tsar, dès le début de cette grande expédi ­ tion, lui imprima ce cachet de pensée religieuse qui concordait si bien avec le caractère de son peuple. On lui avait préparé une maison, il refusa d ’ y descendre. « Non, dit-il, je suis en campagne, et ma demeure doit être une tente. » 11 alla, en effet, occuper une tente au milieu de son armée. Deux jours après, cette armée se remit en marche; trente verstes seulement la séparaient de Kazan. Elle passe le Volga. Ici, le tsar écrit au souverain tatar de ne pas faire la folie de résister à ses forces, de se soumettre, et qu ’ il sera traité avec douceur. Un Tatar s ’ est chargé de cette dépêche... Mais Kazan s ’ était préparée à la défense. Il s ’ agissait pour cette ville de son existence nationale, de sa foi, de sa religion. Les deux drapeaux qui allaient se trouver déployés l ’ un en face de l ’ autre étaient deux drapeaux irréconciliables, celui du Christ et celui de Mahomet. LesTatars repoussent donc avec dédain les propositions du prince russe.

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