Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

KAZAN. 281 Khan, les Tatars composaient d ’ ailleurs la plus grande partie de son armée. La langue tatare s ’ étendit et domina dans les pays conquis, qui avaient eu jusque-là leur propre langue. Elle domina donc dans la petite et la grande Boukharie, parmi les Bachkirs, les Tchouvaches, dans la Crimée, dans le Kouban. Les Tatars absor ­ bèrent tout à fait les Mongols, dont le nom disparut de toutes les contrée occidentales envahies par eux. Il faut dire aussi que les deux nations avaient fini par se confondre, ce qui ne pouvait man ­ quer d ’ arriver, et ce fut au point que les vestiges de ce mé ­ lange se sont si complètement effacés depuis la destruction de l ’ empire mongol, qu ’ à l ’ exception de certaine similitude lointaine de langage, on ne saurait distinguer aujourd ’ hui le moindre rapport entre ces deux peuples. Ce fut Batou-Khan, petit-fils de Tchinghis-Khan, qui, le pre ­ mier, fit connaître en Bussie le nom tatar. Nous savons qu ’ il fit la conquête de cette vaste terre, en 1237. Il fonda l ’ immense empire du Kaptchak, qui domina longtemps sur tout le nord de l ’ Asie, la Russie, une partie de la Pologne, et jusqu ’ en Allemagne et en Hongrie. Il établit sa résidence à Saraï, sur le Volga 1, et fut le premier khan de la horde appelée Horde d ’ or ou grande Horde. Cet empire s ’ affaiblit comme tous les empires trop brusquement fondés et trop étendus. Il y eut des guerres intestines et des par ­ tages jusqu ’ à Tamerlan, qui vint, à la fin du quatorzième siècle, barbare heureux, renverser la dynastie d ’ un barbare qui avait été heureux. La Horde d ’ or fut divisée sous les successeurs de Tamer- lan, et de ses fractures naquirent plusieurs royaumes ou khanats; de là, les principautés de Kazan, d ’ Astrakhan, de Kaptchak et de Crimée. Celle de Kaptchak, établie dans les steppes de Saratoff traversées par le Volga, fut la première détruite; Kazan, Astra ­ khan et la Crimée s ’ enrichirent de ses débris. Les Tatars de ce khanat, dès longtemps chassés de leur ancienne résidence, se sont 1 Dans une ile au-dessus de Tsaritsine. 11 y lit bâtir un palais (garai) qui devint bientôt le point de départ d ’ une grande ville, résidence de ses successeurs.

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