Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

LE VOLGA. 277 Tsaritsine, reçoit la Sarpa, dont les rives sont cultivées par les colonies allemandes ; ici il incline vers l ’ est, et entre en pleines steppes; il coupe de sa ligne oblique, en deux parties à peu près égales, les vastes espaces qui composent ce qu ’ on appelle le gou ­ vernement d ’ Astrakhan. Son cours se tourmentant de plus en plus, ses eaux se couvrent d ’ îles; il a vingt bras, c ’ est un enchaînement inouï, au milieu duquel le lit principal a sa ligne connue, la seule suivie par les mariniers, que l ’ expérience rend habiles à naviguer sur cet immense fleuve. Maintenant le désert s ’ étend des deux côtés ; des deux côtés nous pouvons voir les tentes des Kalmouks et les chameaux des Kirghiss. De distance en distance, cependant, nous trouvons quelques pauvres bourgs habités par des pêcheurs tatars, car la pêche ne cesse pas d ’ être abondante dans ces eaux fécondes... Puis enfin nous apercevons quelque chose qui a l ’ air d ’ une ville, c ’ est Enotaévsk, sur un des bras du fleuve. Ce fut dans le principe un fort pour contenir les Kalmouks, qu ’ on voulait habituer à un genre de vie sédentaire. A cet effet, un palais fut construit pour leur khan Dondouk-Dachi ; mais celui-ci ne voulut y voir qu ’ une prison : il se trouva fort offensé de la proposition qu ’ on lui fit de l ’ habiter, et, laissant là le palais, il s ’ en alla camper avec les siens. Ce palais est devenu la résidence du commandant de la garnison, car Enotaévsk a une forteresse... de sable..., c ’ est dire sa solidité. Toutefois, comme elle est entourée de peuplades assez pacifiques, et qui d ’ ailleurs n ’ ont pas d ’ artillerie, elle suffit telle qu ’ elle est. Enotaévsk s ’ élève dans la plus triste province du monde : le sol tout autour est recouvert d ’ un sable fin et mouvant que le moindre vent soulève en épais nuages, ce qui rend la respiration dangereuse et même difficile : que si le temps est calme, ce sont des nuées d ’ in ­ sectes qui font bientôt regretter l ’ autre fléau. Cependant la ville ne manque pas d ’ un certain bien-être : elle le doit aux Kalmouks qui campent hiver et été dans les environs, avec leurs nombreux troupeaux.

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