Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
LÉ VOLGA. 275 le souffle de la tempête, aux vagues échevelées et menaçantes, puis s ’ apaisant et reprenant son cours avec la maj esté d ’ un roi qui traverse ses domaines. Je ne sais combien nous avions fait de verstes dans ce gouver nement. Voici une montagne calcaire taillée à pic : là-haut jadis un brigand, Stenko-Razine, si je ne me trompe, avait établi son aire, sa ville, disent les gens de l ’ endroit; de ce point inaccessible, il fondait sur les voyageurs, sur les trains du Volga, sur ses cara vanes nautiques, pillant et tuant à plaisir, et se gorgeant de ri chesses. Ce condottiere de nouveau genre avait une petite armée forte et brave ; avec elle, il prit Astrakhan, il fit des traités avec la Perse. Le brigand était fort, on traitait avec lui, en attendant qu ’ on l ’ exterminât. Plusieurs traditions, récits terribles ou tou chants, se sont conservées dans le pays sur ce dévastateur : il en est une qui a tout l ’ air d ’ un de nos vieux contes chevaleresques du moyen âge ; il s ’ agit d ’ un amant qui, à force de courage et de ruse, put retirer, intacte, sa maîtresse des mains de Stenko-Razine. De la ville de ce brigand il ne reste plus vestige, mais la mon tagne où il avait établi son nid a gardé son nom. Ici, partout, sur le côté droit, le fleuve est bordé de roches à stalactites. Saratoff arrive : elle est bâtie de ce côté, regardant les déserts de la rive orientale, où se trouvent des lacs salins d ’ un excellent rapport. Elle repose sur un escarpement du rocher, au pied de hautes montagnes : les unes filent au nord et côtoient le fleuve de près, les autres, qu ’ on appelle montagnes chauves, parce qu ’ elles sont nues et pierreuses, longent l ’ ouest de la Ville, et ne bordent point le Volga. Ün ravin profond comme un gouffre divise cette ville tourmentée, et cependant d ’ un aspect si pittores que, qu ’ enrichissent son commerce et ses colonies allemandes. Le fleuve roule toujours ; bientôt il entrera dans la province d ’ Astrakhan. Le voici à l ’ extrémité de celle de Saratoff, devant le bourg, possad, de Doubovka, l ’ un de ses havres les plus fré quentés. Nous saurons bientôt pourquoi. C ’ est ici que le Volga
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