Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

‘ 272 VOYAGE- EN RUSSIE. les empêche pas d ’ être assez solides pour braver le courant rapide de la rivière, et les flots souvent soulevés du Volga. Le fleuve continue à se dérouler vers le sud; il se divise en plusieurs bras; il forme des îles, que l ’ on prendrait pour de vastes jardinières flottant sur les eaux : quelquefois elles sont arides et couvertes de sable, ce sable brille et scintille aux regards. On com ­ prend que plus d une rivière arrivant de l ’ Oural est déjà venue se décharger dans le Volga. Il baigne le pied de hautes montagnes couvertes de grands bois de chênes arrondis comme les futaies d ’ un parc. Voici de nouvelles grottes, de nouvelles stalactites aux formes bizarres : il y en a qui représentent des vases gigantesques qu ’ on dirait taillés par quelque sculpteur cyclopéen. Les pigeons abondent sur les rivages; les chasseurs les respectent, le peuple les a en vénération , aussi volent-ils par troupes considérables et figurent quelquefois, sous le ciel, un grand nuage que le vent ¡tousse devant lui. Ceci s ’ appelle le mont du Tsar, parce que Pierre 1 er le gravit à son retour de sa campagne de Perse. On y voit les restes d ’ une date qu ’ on assure avoir été inscrite sur le rocher par ce prince. Les accidents pittoresques se multiplient. Ici cesse le désordre d'une nature réellement alpestre ; c ’ est un Rhône gigantesque traversant les gorges agrandies d ’ un nouveau Dauphiné. Les con ­ trastes arrivent : c ’ est une échappée merveilleuse d ’ un horizon d ’ Italie ; puis le fleuve du désert apparaît, le fleuve du désert aux vastes rivages, aux flots indomptés, aux vagues menaçantes. Son lit s'élargit ; plusieurs verstes en séparent les bords; on pourrait le comparer à quelque bosphore d ’ eau douce, comme j ’ ai dit de la Neva, mais plus large (pie la Neva. De grandes barques avec un toit bariolé sur le pont et une galerie à ses flancs s ’ y promè ­ nent. Ce sont de petites maisons flottantes. Les habitants des rives méridionales y passent quelquefois des mois entiers, qu ils mettent à remonter sou cours. Ces bâtiments ont de grandes

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