Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

262 VOYAGE EN RUSSIE. non moins ancienne. J ’ avoue toutefois que ce que j ’ ai le plus ad ­ miré dans l ’ atelier des deux paysagistes russes n ’ a été ni la vue de Constantinople, avec son ciel d ’ un bleu si profond et sa mer d ’ un si pur lapis-lazuli, ni leur beau tableau du Caire, à l ’ horizon de feu et à l ’ air embrasé, mais leurs cartons, leurs esquisses, leurs curieux dessins des bords du Volga, ce fleuve géant, comme je l'ai appelé, aux rives si variées, si pittoresques, si grandioses, si étranges quelquefois et toujours si intéressantes dans leur déve ­ loppement de quatre mille verstes! Ici, baignant le pied des mon ­ tagnes aux vastes forêts ; là, battant de ses flots roulés les écueils qui les bordent; plus loin, réfléchissant dans sa nappe d ’ argent des villes puissantes aux coupoles d ’ or, Nijni-Novgorod, que nous venons de voir, la marchande; Kazan, la Tatare 1 ; Simbirsk, fière d ’ avoir vu naître le grand historien russe; Samara, qui trafique avec les Kirghiz ; Sarepta 2 , cette colonie morave à qui la contrée doit la vigne généreuse; Saratoff, que ses pêcheries enrichissent; enfin Astrakhan, la lointaine cité, où le fleuve va se perdre dans la Caspienne, à travers les tentes des Kalmouks. 11 faut entendre MM. Tchernetzoff dire leur voyage d ’ un an sur le Volga, décrire les lieux les plus curieux de ses rives, nommer les villages, les pêcheries, les montagnes, les forêts, les écueils; vous raconter leurs aventures, les tempêtes qu ’ ils ont essuyées, car le Volga a ses tempêtes comme l ’ Océan ; leur hivernement pendant la saison des glaces ; leurs excursions dans les terres. .. Les heures se passent à écouter ces peintres voyageurs, dont la parole attachante n ’ est que le commentaire des dessins qu ’ ils s'obstinent à garder dans leurs portefeuilles 8 ; et l ’ on se prend à 1 Kazan doit être comptée parmi les grandes villes qui décorent les bords du Volga, bien qu ’ elle en soit à six verstes d ’ éloignement. * Sarepta, dont il sera question plus loin avec quelque détail, s ’ élève sur les rives escarpées de la Sarpa, à une verste de l ’ embouchure de cette rivière dans le Volga. 3 J ’ ai cependant obtenu de ces messieurs une vue d ’ Astrakhan, dessin inédit dont on trouvera la gravure dans cet ouvrage.

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