Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

248 VOYAGE EN RUSSIE. être la Kliazma, la même qui passe à Vladimir. La salle des voyageurs était comble. Nous bûmes debout un verre d ’ hydromel et remontâmes en voiture. Quatre heures plus tard, nous étions à Pokroff, autre petite ville de district, au milieu des bois et des marais, à l ’ aspect assez triste, mais vive et bruyante, grâce au pas ­ sage des voyageurs. Ici le prince fit descendre de la tarantass une corbeille pesante avec le samovar; nous avions obtenu un cabinet particulier, où bientôt une table fut dressée , et nous pûmes nous asseoir autour d ’ un excellent souper froid que nous arrosâmes de xérès et de vin de Bordeaux. Le samovar fut en ­ suite allumé, et Vachka nous prépara le thé. A ce moment on frappa à la porte et un voyageur se présenta... — Pardon, dit-il au prince, j ’ ai appris que vous étiez ici, Alexandre Alexandrovitch, et je n ’ ai pas voulu quitter la station sans vous serrer la main... — Et vous avez bien fait, Vladimir Stépanovitch, mettez-vous là, vous allez boire un verre de thé. Celui qu ’ il venait d ’ appeler Vladimir Stépanovitch était un homme sec et musqué, minutieu ­ sement peigné et brossé, quelque ci-devant merveilleux que tra ­ hissaient certaines formes prétentieuses, d ’ ailleurs un intaris ­ sable bavard : en moins d ’ une demi-heure, il nous avait parlé de ses terres, de ses enfants, de son oncle le sénateur, de la cour, de l ’ empereur, de ses voisins, de sa femme, de ses domestiques, de ses domestiques surtout, selon lui les plus heureux serviteurs qui aient jamais existé dans le saint empire de Russie. Il était si juste! sa femme si bonne!.. Vous la connaissez, dit-il au prince, un ange de douceur, on ne trouve pas de créature semblable, aussi ses caméristes sont-elles au paradis. Mais ma femme a pour principe de n ’ avoir jamais près d ’ elle de servantes mariées, et elle a raison. Effectivement, les enfants arrivent : c ’ est ceci, puis cela, et en définitive le service de la maîtresse en souffre. 11 faut être humain avant tout. Un jour, il y a environ dix ans, nous visitions un de nos villages. Nous faisons

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