Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

•246 VOYAGE EN RUSSIE. de triste au paysage. Quant à la route, il y régnait une animation extraordinaire; elle était couverte d ’ équipages de toute espèce; il y avait surtout de longues files de télègues chargées de caisses et de ballots : tout cela se rendait à Nijni-Novgorod. J ’ en comptai une file de soixante, c ’ était une véritable caravane. Je viens de parler d ’ analogie avec ce que j ’ avais déjà vu. Je dois dire cependant qu ’ on sentait à certains signes qu ’ il m ’ eût été impossible d ’ indiquer, et qui néanmoins étaient partout, qu ’ on pénétrait dans la vieille Russie. Ce n ’ était pas seulement le langage, le costume et l ’ allure des voituriers, c ’ était je ne sais quelle couleur locale dont les reflets s ’ étendaient à toute chose : il n ’ était pas jusqu ’ à la voiture qui me portait, la lourde taran- tass du prince T***, son chargement, le nain que j ’ avais en face de moi, mon compagnon de route lui-méme, qui n ’ exprimassent un caractère éminemment moscovite. Nous arrivâmes au premier relai. La cour de la maison de poste, ou plutôt le large espace qui s ’ étend devant sa façade était rempli de voitures qui stationnaient, attendant probablement des che ­ vaux : il y avait là tous les véhicules en usage dans le pays ; entre ces équipages, on voyait les yamtchiks circuler, le petit chapeau couronné de plumes de paon ou de roses sur l ’ oreille, la chemise rouge fixée aux reins, le large pantalon de velours noir perdu dans des bottes au cuir brisé, puis un colloque s ’ établissait entre eux et le propriétaire de quelque voiture, qui ne tardait pas à partir. Mon voisin s ’ était éveillé. On vint lui annoncer qu ’ il n ’ y avait pas de chevaux. — Je connais cela, dit-il, qu ’ on me fasse venir le maître de poste ; on lui dira que c ’ est le prince Alexandre Alexandrovitch qui le demande. Celui-ci parut bientôt. Je vis un homme à la tournure empesée, roide, faisant toutes sortes d ’ efforts pour se donner un air im ­ portant et qui n ’ arrivait qu ’ à paraître insolent. II portait un vêtement semi-militaire; une sorte de capote vert foncé à pare-

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