Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

ROUTE DE N1JNI-NOVGOROD. 245 talon de drap gris, et des bottes en maroquin de Torjok; son front était couvert d ’ une casquette de drap, ouatée comme la casaque, et un énorme sac à tabac en cuir de Russie lui battait sur les flancs. Alexandre Alexandrovitch paraissait affairé : il soldait quelques notes en retard à des marchands du Gostinoï-Dvor. En m ’ aperce ­ vant, il hâta ses comptes et vint à moi. Au bout d ’ un quart d ’ heure le thé fut annoncé; c ’ était un splendide déjeuner, auquel le thé ne fit guère que prêter son nom. On vint ensuite annoncer que les chevaux étaient attelés, et nous descendîmes; les maîtres de la maison, tous les domestiques nous entourèrent; le prince se hissa non sans peine sur sa pile d ’ oreillers, qui lui formaient litté ­ ralement un lit; je m ’ arrangeai à côté de lui, après avoir coura ­ geusement lutté contre deux ou trois colis envahisseurs : de ses domestiques, l ’ un se plaça sur le siège près du cocher, et l ’ autre, le valet de chambre, un nain, s ’ accroupit aux pieds de son maître. Ce nain était un homme de quarante à cinquante ans, assez bien formé, imberbe, et d ’ une adresse extrême. Lorsque nous fûmes tous placés, les derniers adieux et les vœux de bon voyage se firent entendre, puis le postillon harangua ses chevaux, poussa un sifflement aigu, lâcha les guides, et le lourd véhicule, d ’ abord ébranlé, fut bientôt entraîné par les quatre petits chevaux qui en formaient l ’ attelage. Nous prîmes les rues qui aboutissent à une des barrières de l ’ est, passâmes près du couvent d ’ Andronieff et sortîmes de la ville par la route de Vla ­ dimir, que nous devions suivre. D ’ abord mon compagnon garda le silence , bientôt il ferma les yeux et s ’ assoupit. Effet du déjeuner, pensai-je. Le nain s ’ était arrangé une couchette entre deux sacs de nuit et il s ’ en ­ dormit comme son maître. Je n ’ avais nulle envie d ’ en faire au ­ tant. Je me mis donc à observer la campagne et la route sur la ­ quelle nous allions. La campagne n ’ était pas sans analogie avec celle deTyer, seulement on apercevait de loin en loin de vastes et sombres forêts, qui donnaient je ne sais quoi de sévère et même

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