Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
MOSCOU. 239 répandit au loin, et les fidèles affluèrent à Troïtza pour prier sur son tombeau. Le monastère s ’ enrichit bientôt de leurs dons et surtout de la générosité des grands princes. Jean IV, le Ter rible, se distingua particulièrement par une générosité plus que royale. Ainsi Troïtza accumula des trésors et ramassa d'immenses ri chesses. Ces richesses, ainsi qu ’ on l ’ a fait remarquer, devinrent, pendant les troubles et les guerres civiles qui suivirent les faux Dmitri, un mobile d ’ action au profit de la patrie; elles servirent à solder les défenseurs de celle-ci. D ’ ailleurs ce monastère, for tifié comme une place de guerre, ouvrit ses portes et prêta ses remparts à tous les vrais enfants de la Russie. Les Polonais vin rent, en 1609, conduits par le grand hetman Sapièha, y mettre le siège. Seize mois d ’ attaques et de combats acharnés n ’ y purent rien; le monastère résista, ses défenseurs forcèrent les Polonais à se retirer honteusement. Un moine de Troïtza, à l ’ instar de.Mi- nine, courut le pays pour réveiller le sentiment national et faire vibrer dans les cœurs la fibre patriotique. A ses accents inspirés, une foule de citoyens se levèrent contre les ennemis étrangers. Le couvent de Saint-Serge devint plus tard un refuge pour les jeunes tsars Jean et Pierre Alexéiévitch, contre les Streltsy révol tés; plus tard Pierre I e1 s ’ y réfugia de nouveau, toujours contre la rébellion des mêmes Streltsy. Il est inutile de dire qu ’ il combla plus tard ce monastère de ses dons. Aussi, sans parler des trésors renfermés dans ses murs, Troïtza comptait-il plus de cent mille paysans ou serfs dans ses possessions, et étendait-il sa juridiction ecclésiastique sur quatorze autres couvents, entre autres celui des religieuses de Rholkoff, à peu de distance de ses murs, où les dévots moscovites vont encore honorer les reliques de saint Cy rille et de Marie, père et mère de saint Serge. L ’ impératrice Catherine II se rendit plusieurs fois à Troïtza, et lui fit de nombreux présents, mais elle le déposséda de ses pro priétés, qu ’ elle sécularisa au profit de TÊtat (1764).
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