Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

MOSCOU. 233 niky. Les ordres furent exécutés, et le prince, ayant trouvé ses boyards réunis au rendez-vous, les remercia de leur sollicitude pour ses plaisirs, en ajoutant qu ’ il désirait ne chasser qu avec eux seuls ; qu ’ il lui serait donc agréable qu ’ ils renvoyassent leurs serfs. Il fallut y consentir. Les chasseurs et les valets remirent donc les meutes aux mains de leurs maîtres et se tinrent à 1 é- cart. Mais les boyards, peu habiles à conduire les chiens, les lais ­ sèrent aller au hasard; ceux-ci effrayèrent les chevaux, qui s ’ em ­ portèrent. Le désordre se mit parmi les cavaliers; plusieurs furent désarçonnés, entraînés par les laisses des chiens passées à leurs bras; plus d ’ un grave accident s ’ ensuivit. Toutefois le lendemain Pierre I er ordonna une autre chasse, celle-ci au faucon, et lorsqu ’ elle fut organisée, ce prince réunit ses compagnons de la veille, les blessés exceptés, bien entendu, et leur demanda s ’ ils ne seraient pas bien aise de faire avec lui cette nouvelle partie de chasse. Les courtisans comprirent et priè ­ rent leur maître de les en dispenser. Alors le tsar leur demanda si la guerre n ’ était pas préférable à ce vain exercice; ils furent forcés d ’ en convenir, et le prince leur dit alors ces paroles que 1 his ­ toire a recueillies : « Puisque la gloire consiste dans les armes, pourquoi cherchez- vous à me détourner des affaires de l ’ État pour l ’ inutile plaisir de la chasse? pourquoi me faire déserter la gloire pour un exercice sans honneur? Je suis tsar, et il me convient d être guerrier; la chasse doit être l ’ œuvre des serfs et des chasseurs. » Ceci se passait en 1684, époque où le jeune monarque avait à peine atteint sa douzième année. On sait ce qu ’ il fut plus tard. Dès ce moment Sokolniky changea de destination, et il est de ­ venu depuis un lieu de villégiature, où de riches familles de Moscou se retirent pendant l ’ été dans de charmantes et coquettes villas ; il est aussi le but de nombreuses promenades, parmi les ­ quelles la célèbre promenade du 1 er mai. C ’ est le Longchamp moscovite. Les équipages, tous riches et somptueux, s y comp-

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