Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

221 VOYAGE EN RUSSIE. Russie même sur ce peuple étrange. On pourra y voir quelques- uns de ses traits les plus caractéristiques reproduits avec une cer ­ taine vérité de couleur et de mouvement. ORIGINE ET MŒURS. Savez-vous d'où sortit cette race nomade, Nation dont partout erre quelque peuplade, Hommes à teint de cuivre, à l ’ œil noir, dont la peau Se durcit à travers les trous d ’ un vieux manteau ; Qui traînent après eux leurs bruyantes familles, Vendant, selon les lieux, leurs poignards ou leurs filles, Mais cependant jamais aux mêmes lieux deux fois, Car leur plus grand besoin, à ces tribus sans lois, C ’ est d ’ errer, de franchir steppes, désert aride, Plaines ou monts, suivant qu ’ un caprice les guide, Faisant le plus de mal qu ’ ils peuvent aux chrétiens? Demandez-leur d ’ où vient leur race de païens : Ils sortirent des murs de Thèbes-la-Divine, De l ’ Inde, ce vieux tronc où pend toute racine, Ou bien s ’ il faut chercher leur source qu ’ on perdit Parmi les juifs de Tyr, comme eux peuple maudit? Ils l ’ ignorent. Pour eux les temps sont un mystère. Comme l ’ oiseau des airs ils passent sur la terre. Qu ’ ont-ils besoin de plus, et que leur fait, au fond, Qu ’ ils viennent de l ’ aurore ou du couchant? Leur front A pour toit le ciel pur où brillent les planètes, Pour lit le bord du fleuve ou des mers inquiètes, Et puis ils ont leurs chants, le soir, devant leurs feux, Leurs chants d ’ amour, ardents, libres, impétueux, Qui donnent au plaisir les accents du délire, Et demandent le bruit du fer au lieu de lyre *. LE CHANT. Donc nous étions venus pour entendre leurs voix. Mais ceux-ci ne sont poin t ces rudes fds des bois Dont je viens de parler, ce peuple aux mœurs sauvages, ' Ce passage a paru dans la Revue des Deux-Mondes, 1847, livraison du 1 er octobre.

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