Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

MOSCOU. 223 versations avec les dames, le français se mêlait au russe d ’ une façon piquante. Le souper fut abondant, mais plus délicat et servi avec plus d ’ ordre; le champagne également. Quant aux jeunes fdles, j ’ en trouvai plusieurs qui me parlèrent avec enthousiasme des romans de Balzac et des poésies de Victor Hugo. Voilà mon récit. Il n ’ est peut-être pas très-piquant, mais il m ’ a paru curieux de le faire ; dans tous les cas, il est significatif. On pourrait, je pense, l ’ intituler : Dix ans après, XXXII TSIGANES OU BOHÉMIENS. Il se trouve à Moscou un grand nombre, presque tout une population de Tatars et de Bohémiens. Les premiers, dont il sera parlé ailleurs, font le commerce; les seconds disent la bonne aventure, chantent dans les lieux publics, vivent en vagabonds. Us forment cependant une sorte d ’ association générale, soumise à un chef ou roi, qui répond jusqu ’ à un certain point des faits et gestes de sa colonie. Mais en dehors de cette association, il n ’ est pas rare de rencontrer des troupes de Bohémiens errant dans le pays, suivant les bords des grands chemins, s ’ arrêtant au pied des collines boisées, où elles campent dans ce désordre pittores ­ que, tant de fois décrit par les poètes, et qui se colore,, dans ces climats éloignés, de je ne sais quel reflet d ’ originalité locale et particulière. Il y aurait un volume à écrire sur les Tsiganes moscovites, sur leurs femmes surtout, qui deviennent si souvent les héroïnes de passions et d ’ aventures romanesques, où des fils de famille dissi ­ pent follement, avec leur santé, les fortunes les plus considéra ­ bles; car ces femmes sont insatiables de toutes les manières. J ’ aime mieux citer quelques fragments d ’ un poème écrit en

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