Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
216 VOYAGE EN RUSSIE. et j ’ arrivai.à la corniche; là, heureusement, la difficulté était moins grande, je pus me tenir de pied ferme. » Son frère, qui était resté sur l ’ échelle, lui fait passer, grâce à la corde dont Mâninc lui jette un bout, un croc au moyen duquel ce dernier passe à son tour la corde au malheureux que le feu entou rait, et lui recommande de l ’ attacher à n ’ importe quoi, mais soli dement. Celui-ci la fixe à un piton du toit du péristyle. Mânine la double pour plus de sûreté, lui crie de se laisser glisser doucement, en se retenant des mains à la corde et des genoux au tuyau de gouttière, et lui donne l ’ exemple en descendant lui-même en avant. On voit, par ces détails, que le brave moujik, au milieu de la noble émotion qui l ’ agitait, avait conservé toute sa présence d ’ esprit. Au moment où Mânine redescendait l ’ échelle et que celui qu ’ il venait de sauver se laissait glisser le long de la gouttière, la foule, par un mouvement unanime, se découvrit la tête comme un seul homme et fit le signe de la croix. Ce trait me paraît caractéristique. J ’ ajoute quelques détails. « A peine fus-je descendu de l ’ échelle, raconte Mânine, qu ’ un seigneur en manteau et en casque, — je ne sais qui c ’ était, — s ’ approcha de moi et me donna vingt-cinq roubles d ’ argent (cent francs). » Un grand nombre de spectateurs entourèrent à l ’ envi le brave homme, et chacun le força d ’ accepter son offrande. — Merci, lui criait-on de toutes parts; tu es un brave et déterminé gaillard! Que Dieu t ’ accorde la santé ! — Et qu ’ est devenu le malheureux qui était sur le toit ? demanda-t-on à Mânine. — Je l ’ ignore, répondit-il simplement, ce n ’ est plus mon affaire; grâce à Dieu, il est sauvé. « Un monsieur, un aide de camp, s ’ ap procha de moi, me donna un billet et me fit conduire en traî-
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