Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

MOSCOU. 215 Ses camarades le regardèrent d ’ abord avec surprise. — Que Dieu t ’ accompagne, dirent-ils enfin. Tu vas faire une bonne action. Sans perdre de temps, Mânine s ’ approche des autorités pré ­ sentes, et sollicite l ’ autorisation d ’ aller sauver l ’ homme en danger de mort, autorisation qui lui est aussitôt accordée. Alors il ôte sa pelisse * et son bonnet, qu ’ il confie à un sergent de ville, et en simple chemise, accompagné de son frère et muni d ’ une corde, il s ’ élance vers une échelle dressée contre la muraille, mais qui était loin d ’ atteindre jusqu ’ au sommet de l ’ édifice. Après avoir fait religieusement le signe de la croix, il se mit bravement à monter ; arrivé à son extrémité, il serre sa corde autour de sa ceinture, fait un nouveau signe de croix, s ’ accroche à un tuyau de gouttière et continue son ascension, dès ce moment horriblement périlleuse. En bas, la foule haletante suivait avec angoisse les mouvements de l ’ intrépide paysan. Au-dessus de lui, la flamme courait de place en place, léchant, mordant, dévorant tout; on entendait le fracas des chevrons qui éclataient, s ’ abîmaient, et, au milieu de ces sinistres retentissements, les gémissements du malheureux ouvrier en détresse. Mânine continuait son aventureuse ascension le long de la gouttière. « Il faisait froid, dit-il ensuite, il y avait du vent, et pourtant je ne sentais rien ; depuis le moment où je formai la résolution de sauver une âme chrétienne, mon cœur avait pris feu et j ’ étais comme dans une fournaise. » Ses mains brûlantes adhèrent au fer glacé de la gouttière, mais il monte toujours. « Le tuyau craquait, dit-il; il n ’ était pas des plus solides, ce cher tuyau ; mais il paraît que la volonté de Dieu était pour moi, 1 Sa touloupe.

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