Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

MOSCOU. 213 XXIX LE PEUPLE RUSSE. Courage et abnégation. Basile-Mânine. Ce serait une étude pleine d ’ intérêt que celle qui aurait pour objet le peuple russe proprement dit, le peuple de la terre, le paysan, et par suite l ’ ouvrier et l ’ artisan, lequel ne cesse en quelque sorte pas d ’ être paysan; ce qui est si vrai qu ’ une dénomi ­ nation commune les englobe tous dans la même classe : on les appelle du nom générique de moujiks. Ces hommes d ’ une sobriété exemplaire, pleins de résignation et de patience, sont aussi doués d ’ une rare énergie, et, quand il le faut, d ’ un courage à toute épreuve; ils ont aussi le sentiment de la générosité, qu ’ ils poussent jusqu ’ à l'héroïsme le plus téméraire. Sans doute, le paysan russe qui se voue à l ’ industrie ne saurait être cité comme un exemple de probité austère ; mais je ne pense pas qu ’ il diffère beaucoup en ceci de celui des autres pays. 11 trompe ses chalands le plus qu ’ il peut ; c ’ est à eux de se tenir sur leurs gardes. Je parle ici de la classe en général : son dévouement et son abnégation sont souvent merveil ­ leux, surtout si une idée religieuse, un sentiment chrétien en est le mobile. Je me contenterai de citer ici un trait récent; il est relatif à l ’ incendie du grand théâtre de Moscou. Basile Gavriloff Mânine était un paysan des domaines de l ’ em ­ pire, d ’ un village du gouvernement de Vladimir. D ’ abord il avait fait le métier de couvreur; il retourna ensuite aux travaux agri ­ coles, pour embrasser plus tard la profession de chaudronnier, ce qui l ’ obligea d ’ abandonner de nouveau son village. L ’ an dernier, il y était retourné pour visiter sa famille, et dans les premiers jours du mois < ’ e mars de cette année (1853), il fit ses dispositions pour regagner Saint-Pétersbourg. Arrivé à Moscou avec une di ­ zaine de ses camarades, il fut forcé d ’ y passer la nuit, n ’ ayant pu

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