Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

MOSCOU. 211 besoin dans ces tristes champs de neige qu ’ ils avaient rougis de leur sang. Les prisonniers étaient également traités avec humanité par les chefs chargés de les conduire dans l ’ intérieur de l ’ empire; il y en eut du moins qui firent preuve à leur égard des meilleurs sentiments. Je citerai le colonel M..., qui eut l ’ ingénieuse idée de mettrer en réquisition toutes les touloupes 1 d ’ un village , et d ’ en faire vêtir les malheureux Français mourant de froid. Arrivés au village suivant, une nouvelle réquisition lui permit de rem ­ placer par de nouvelles touloupes les premières, qu ’ il renvoya à leurs propriétaires, et ainsi jusqu ’ au terme de leur voyage, les prisonniers furent couverts de vêtements fourrés. Plus tard, à leur tour, les armées russes vinrent en France, et de nouveau se trouvèrent en présence de notre nation ; mais ici c ’ était le peuple des campagnes , le laboureur, l ’ industriel , l ’ ar ­ tisan. Rentré chez lui et rendu aux loisirs delà caserne ou même à la vie de l ’ isba, le soldat moscovite entretenait ses amis de cet excellent peuple français si franc , si gai , si bienveillant , et au milieu duquel l ’ étranger « trouve de si bons compagnons et de si parfaites choses 2 ! » Et puis que de merveilles racontées de Paris, cette ville des merveilles ! Quels longs récits, l ’ hiver, où la vérité , sous la parole poétique et passionnée du narrateur , se parait du prestige du conte oriental ; où les faits les plus simples prenaient, en passant par l ’ imagination de ces peuples naïfs et jeunes, des formes et des couleurs fantastiques! Ces souvenirs, que le soldat russe a gardés de nous, se sont popularisés dans le pays, qui a conçu une grande idée de notre nation. C ’ est ainsi que cette guerre d ’ invasion, que cette campagne durant laquelle la civilisation française alla échouer avec son génie 1 Vêtement en peau de mouton, la laine en dedans. * J ’ ai entendu prononcer cette phrase par un invalide russe qui avait fait la cam ­ pagne de Paris.

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