Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

204 VOYAGE EN RUSSIE. raissaient à la fois. Quelques piliers de pierres calcinées et noir ­ cies indiquaient les endroits où il y avait eu des maisons. Le silence de la terreur n ’ était interrompu que par un rugissement semblable à celui des vagues d ’ une mer agitée ; il était produit par le vent, qui, poussant avec force ce torrent de feu, semblait se hâter d ’ étendre la destruction. De temps à autre, des édifices entiers s ’ écroulaient avec fracas. De quelque côté qu ’ on tournât la vue, on voyait des ruines fumantes ou des flammes. On enten ­ dait le tintement lugubre d ’ une cloche, et l ’ on supposa que c ’ était le signal que se donnaient les incendiaires. Le feu prenait comme s ’ il eût été mis par une puissance invisible, et malgré la vigilance des sentinelles françaises dont on entourait les maisons... » «... Quoique la ville fût en grande partie construite en bois, il fallut plusieurs jours d ’ un incendie général pour la consumer. A la fin, il resta dans beaucoup de quartiers si peu de traces d'habitations, qu ’ on avait de la peine à reconnaître les rues. Des cadavres humains à demi consumés , des chevaux morts, des vaches, des chiens calcinés gisaient au milieu des ruines ‘ . » Puisque je parle de ce terrible incendie, encore quelques dé ­ tails : « Ce fut dans la nuit du 23 octobre, lorsque l ’ armée eut évacué la ville (les décombres delà ville plutôt), que les Français firent jouer sous le Kreml 2 des mines dont les horribles dégâts n ’ ont été réparés que dans ces derniers temps, avant 1834. La nuit était sombre. A minuit le feu prit à l ’ arsenal du Kremlin, et l ’ on entendit la première explosion qui, à de courts intervalles, fut suivie de six autres. Rien n ’ était plus terrible; les pierres de taille furent lancées à cinq cents pas. Dans les environs, les portes furent enfoncées et les fenêtres brisées. 11 ne resta pas un seul carreau de vitre, et les débris du verre furent incrustés dans les 1 Histoire de la destruction de Moscou en 1812. 2 J ’ ai toujours écrit Kremlin pour me conformer à une orthographe consacrée en France, bien qu ’ effectivement on doive dire Kreml.

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