Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

MOSCOU. 203 l ’ étranger peu au courant des us et coutumes du lieu, et qui, sur la foi des protestations obséquieuses du marchand moscovite, accepterait, sans en débattre le prix, l ’ objet de sa convoitise : à coup sûr, il le payerait au moins le double de sa valeur. J'ai raconté à ce sujet la vente de certaine robe de chambre. Il est vrai, le marchand était an Tatar; mais à cet endroit, le Russe vaut un Tatar; ce qui ne l ’ empêche pas, à l ’ occasion, de traiter les affaires avec cette bonne foi patriarcale des anciens jours, que les raffinements de notre civilisation moderne ont depuis long ­ temps chassée d ’ au milieu de nous. Ainsi , si je n ’ ai pas été induit en erreur, il n ’ est pas rare de voir encore dans les grandes foires de l ’ empire, à Nijni-Novgorod , par exemple, deux mar ­ chands faire entre eux des transactions pour des sommes consi ­ dérables, sans autre garantie que leur parole. Les marchandises sont livrées, l ’ acheteur les emporte, sous la simple promesse de venir en acquitter le prix l ’ année suivante à la même foire : pro ­ messe qui est toujours religieusement exécutée. 11 est à remarquer que, dans ces sortes d ’ affaires, il s ’ agit ordinairement de sommes considérables : cent et deux cent mille francs. M. Solohoup, dans son spirituel roman de la Tarantasse, a mis en scène un marchand qui dépose entre les mains d un autre marchand, qu ’ il ne connaît pas, une somme d ’ argent avec la simple prière de la remettre à une adresse qui se trouve sur son chemin. Pour moi, j ’ admire de pareils traits, mais je n ’ en suis pas moins d ’ avis que dans les transactions commerciales, une bonne garantie vaut une bonne promesse. Quand on considère ce vaste bazar moscovite, on se surprend à admirer l ’ héroïsme de l ’ incendie de 4812, car ce fut dans les galeries mêmes du Gostinoï-Dvor que le feu éclata, le jour même où Napoléon établit son quartier-général au Kremlin *. « ...... Les différents quartiers de la ville s ’ allumaient, brûlaient et dispa- 1 Le mardi 13 septembre 1812.

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