Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

10 VOYAGE EN RUSSIE. André Bogoulobsky se fut emparé de Kieff et l ’ eut livrée au pillage. Mais un malheur plus grand encore menaçait la Russie , celui de l'invasion étrangère. On sait comment des hordes de Mongols ou de Tatars, conduites par Témoutchine, dont nous avons fait Gengis-Khan, s ’ emparèrent de la Chine au commencement du treizième siècle. La Chine sub ­ juguée, les barbares se répandirent au loin. En 1223 Gengis-Khan envoya un de ses lieutenants au delà de la mer Caspienne. Celui- ci , après diverses conquêtes , défit les Polovtsis et les poursuivit jusqu'aux frontières russes. Quatorze ans plus tard, le khan Bâty passait ces frontières à la tête de trois cent mille Tatars. Les grands princes désunis ne purent que se faire tuer, mais leur mort ne sauva pas la Russie : elle tomba au pouvoir des hordes de Bâty. Les massacres et l ’ incendie se promenèrent dans ce malheu ­ reux pays, qui s ’ humilia et souffrit. Heureusement la politique des khans respecta la religion; ce fut le principe du salut, car la religion entretint le sentiment de nationalité, avec lequel un peuple n ’ est jamais asservi. Plus d ’ un siècle se passa, lorsque le grand prince de Moscou comprit que, pour commencer l ’ affranchissement de la Russie, il fallait joindre l ’ unité politique à l ’ unité religieuse, et il se mit à bat ­ tre en brèche le système des apanages, absolument comme Louis XI fit en France celui de la féodalité. Une première grande bataille eut lieu contre les Tatars, sur les bords du Don, dans les champs de Koulikoff, — c ’ était en 1380, — bataille de géants, où deux armées de trois cent mille hommes vinrent s ’ entre-choquer avec fureur. Le combat fut long et terrible. L ’ étendard de la croix flottait sur les bataillons russes, dont il doublait le courage. Les barbares furent battus, et le grand prince Dmitri prit le surnom de Donskoï. Désormais la Russie put rêver sa délivrance. Il lui fallait cepen ­ dant attendre encore cent cinquante ans pour qu ’ elle fût com-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2