Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

MOSCOU. 185 la terrasse du Kremlin, ses murs, ses gazons, ses fossés transfor ­ més en jardin ; elle domine tout Moscou. L ’ intérieur du palais joint, au luxe et au grandiose des appartements, le confort et la com ­ modité des distributions modernes ; tout cela est parfait et je n ’ y verrais rien à dire, si cet ambitieux bâtiment ne me gâtait pas le Kremlin. Il m ’ a été impossible de ne pas faire la remarque à cette vue, que l ’ on fait ici précisément le contraire de ce qui se fait ail ­ leurs, où l ’ on abat et démolit tout ce qui masque ou embarrasse les anciens monuments historiques. Actuellement, laissant le palais des menus plaisirs, devenu la demeure d ’ une autorité militaire, celui du sénat, nous jetons un coup d ’ œil sur l ’ arsenal bâti par Pierre le Grand, restauré après l ’ explosion de 1812, et lier de voir, rangés devant sa longue façade, les canons français tombés aux mains russes pendant notre désastreuse retraite; puis, traversant toute l ’ enceinte du Kremlin en nous dirigeant vers le nord, nous arrivons au palais des armures Çoroujeinaïa palata^, appelé aussi le trésor, monument moderne ', élevé, assure-t-on, sur la place où se trouvait la maison de Boris-Godounoff avant qu ’ il fût tsar, et construit dans un goût qui répond à sa grave destination, avec des colonnes, des statues et des bas-reliefs. Mais je me hâte de pénétrer dans ce palais, qui renferme le plus merveilleux des trésors, car ici l ’ or, les perles, les diamants, la forme des objets, l ’ étrangeté du travail, tout vient se mêler au passé glorieux, qu ’ il rappelle, de cette grande nation lusse dont nous commençons peut-être à connaître quelques traits. Un large et somptueux escalier nous conduit à une porte de fer, au delà de laquelle nous nous trouvons dans une salle circu ­ laire d ’ une très-haute élévation et gardée par quatre chevaliers slaves, armés de toutes pièces, et qu ’ on dirait animés sous leurs vieilles cottes de mailles et leurs antiques cuirasses. De cette 1 11 fut commencé en 1810.

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