Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

184 VOYAGE EN RUSSIE. térêt historique. Son aspect est d ’ une étrangeté sévère et monu ­ mentale, quoique d ’ une élévation médiocre. Il consiste en une salle voûtée, soutenue, à son centre, par un énorme pilier sur lequel viennent s ’ abaisser les voûtes, ce qui lui donne une solidité à l ’ épreuve des siècles. On respire dans cette salle je ne sais quel air de solennité mystérieuse et pénétrante. Tout y semble encore imprégné de la présence du farouche Jean IV. Le voilà sur ce vieux trône, d ’ où, au lieu de délibérer comme autrefois avec ses boyards, il leur dicte d ’ un ton courroucé sa volonté tyrannique. Là, derrière ce voile doucement agité, se dérobe une tribune invi ­ sible, où la tsarevna, entourée des dames de sa cour, écoute avec crainte les arrêts du maître absolu. La même tribune est encore là, le trône aussi, mais il a été renouvelé, c ’ est aujourd ’ hui un trône moderne, dont la destination est de recevoir le nouveau tsar qui sort de la cathédrale après son couronnement, et où vien ­ nent lui rendre hommage tous les grands dignitaires de l ’ em ­ pire. Je n ’ aime point les ornements modernes s ’ étalant sur les choses anciennes. J ’ admire donc peu le velours cramoisi dont est tendue cette imposante salle, où sont étalés les blasons des divers gouver ­ nements de l ’ empire actuel. Voici maintenant le palais dit palais impérial, édifice plus jeune que les deux autres, il est du règne de l ’ impératrice Élisa ­ beth, et un étage date de celui de l ’ empereur Alexandre I er , mais formant avec eux un groupe architectural d ’ un effet intradui ­ sible, par son originalité bizarre et pittoresque. Malheureusement il faut deviner aujourd ’ hui cet ensemble et ce pittoresque. Un nou ­ veau palais impérial d ’ une dimension colossale a tout envahi, tout absorbé, tout fait disparaître. Sérieusement, ce nouveau bâtiment a englobé la moitié du palais d ’ Élisabeth, une petite église tout entière, le palais anguleux, et il masque les trois cinquièmes de l ’ ancien palais des tsars. Il est vrai, on a une grande façade mo ­ derne bien nette, bien neuve, bien régulière surtout; elle domine

RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2