Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
MOSCOU. 173 feu prit à YArbate, de l ’ autre côté de la Néglinnaïa*, et le veut étant très-violent, l ’ incendie, qui avait commencé au couvent de l ’ Assomption, se précipita comme un torrent et eut bientôt embrasé le Kremlin, le Kitaï-Gorod et le grand faubourg. Tout Moscou sem blait un immense bûcher embrasé qu ’ enveloppait un nuage opaque de sombre fumée. Les bâtiments en bois disparurent; ceux de pierre tombèrent en ruines. Le fer et le cuivre se liquéfiaient et coulaient dans les rues. Le sifflement du vent, le bruissement des flammes et les plaintes du peuple étaient couverts de temps en temps par l ’ éclat des explosions de la poudre gardée au Kremlin et dans d ’ autres quartiers de la ville. La plupart des habitants per dirent leur avoir. Le palais du tsar, le trésor, les armures, les images, les archives, les livres et même les reliques des saints devinrent la proie des flammes. On ne sauva de la cathédrale qu ’ une image de la Vierge peinte par le métropolitain saint Pierre 2 , et les canons ecclésiastiques qui avaient été apportés de Constan tinople par Cyprien. La célèbre image de la sainte Vierge de Vladimir resta en place, et, fort heureusement, le feu, qui con suma le toit et le parvis, ne pénétra point dans l ’ intérieur de l ’ église. Vers le soir l ’ ouragan s ’ apaisa, mais pendant plusieurs jours encore on vit fumer les ruines... Les jardins, les potagers mêmes ne furent point épargnés ; les arbres se carbonisaient, les plantes se calcinaient. Les écrivains du temps font le tableau le plus déplorable de ce désastre, qui coûta la vie à dix-sept cents per sonnes, sans compter les enfants. On voyait des infortunés, les cheveux brûlés et le visage noirci, qui erraient comme des ombres parmi les ruines en cherchant leurs enfants; mais leurs recherches étaient vaines, et ils éclataient en plaintes et en sanglots. — 11 n ’ existait point pour eux de consolations, ajoute mélancoliquement l ’ historien, car le tsar et les boïards s ’ étaient 1 Autre petite rivière ou plutôt un ruisseau. 2 Le même qui avait quitté Vladimir pour venir s ’ établir à Moscou, où l ’ attiraient les vertus de Jean Kalita.
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