Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
174 VOYAGE EN RUSSIE. réfugiés au village de Vorobieff, comme s ’ ils eussent craint d ’ en tendre les plaintes du peuple. Jean ordonna cependant de réparer le palais du Kremlin. Les riches se hâtèrent de reconstruire leurs maisons, mais le pauvre peuple fut oublié 1 . » Malheureuse cité! un demi-siècle n ’ était pas écoulé depuis ce terrible incendie, que la famine vint la ravager à son tour : cent vingt-sept mille cadavres remplirent les rues de Moscou, ce qui peut donner une idée de la prodigieuse population de cette capitale, qui ne s ’ élève pas aujourd ’ hui à quatre cent mille âmes. Malgré les cruautés et la tyrannie qui le terminèrent, le règne de Jean IV fut un des plus glorieux pour la Russie. Le nom de ce prince franchit les frontières encore peu connues de ses États, et vint prendre place à côté de tous les grands noms souverains qui forment une si lumineuse pléiade au seizième siècle européen ; François 1 er , Charles-Quint, Louis VIII, le grand Soliman, Léon X! Nous retrouverons Jean IV à Kazan. Je dirai simplement ici que ce terrible Jean IV, ce prince dont les cruautés furent sans exemple, après cinquante ans de règne glorieux, mourut à Moscou et fut enterré sous l ’ habit de moine dans la cathédrale de Saint- Michel-1 ’ Archange. Les princes croyaient alors qu ’ il suffisait de vêtir en mourant une robe de bure pour que tout fût racheté ! Le successeur de Jean IV fut le dernier prince de la maison de Rurik : pieux, doux et faible : ces trois mots le caractérisent. J ’ ai déjà dit comment Roris-Godounoff, son beau-frère, gouverna en son nom, et comment cet ambitieux parent, après la mort de ce tsar, arriva au trône par un crime. En crime l ’ en fit descendre, et la guerre civile, jointe à la guerre étrangère, ravagea là Russie : c ’ est l ’ époque des faux Dmitri, je n ’ y reviendrai pas ici : seule ment, je ferai observer que Moscou, qui devint le principal théâtre de tous ces drames sanglants, dut peu s ’ embellir pendant cette sombre période. Les Romanoff arrivèrent enfin au trône, 1 Trois cent soixante-seize mille huit cents âmes, d ’ après le calendrier de l ’ acadé mie pour 1853.
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