Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

INTRODUCTION. 7 rappelle l ’ Espagne brillante et chevaleresque, avec ses mœurs galantes et batailleuses, ses Arabes, ses paladins, son grand cain- péador, ses romances guerrières, et puis ses merveilles de Grenade et de Cordoue; l ’ Alhambra, l ’ Alcaïzin, les anciennes mosquées, que tout cela n ’ a rien de commun avec l ’ antique et monumentale Rome des empereurs, avec la Rome artistique et chrétienne des papes; que rien de tout cela n ’ est éclairé par le soleil d ’ Italie ou de Castille , qui dore les édifices comme les autres soleils dorent ailleurs les moissons ; que rien de tout cela ne se réfléchit dans les flots du limpide Guadalquivir ou de l ’ Arno au murmure har ­ monieux. Il est évident que la Russie n ’ est ni l ’ Italie ni l ’ Espagne, elle n ’ a ni Grenade ni Rome, ni Naples ni Cordoue, ni les antiquités de la ville éternelle ni les merveilles de la cité mauresque; mais elle a le soleil de la Chersonèse, elle a Kieff, la Rome moscovite, le Kremlin de Moscou, que Grenade lui envierait, amas d ’ églises, de cathédrales, de palais, de monuments, de coupoles d ’ or, d ’ ai ­ guilles d ’ argent, de cloches colossales, de tours gigantesques, de créneaux, de places, de jardins, d ’ armes, de trésors, que sais- je? le Kremlin, quelque chose d ’ étrange, de rêvé, d ’ inouï!... elle a les palais des anciens Khans de Bakhtchisaraï. Si l ’ Arno et le Guadalquivir lui manquent, elle a le Dniepr et le Volga, le Dniepr où Vladimir baptisa ses peuples; le Volga, fleuve im ­ mense, qui pourrait porter des navires, et dont les eaux, dans leur cours de mille lieues, baignent des montagnes aux vertes fo ­ rêts, des villes au front rayonnant, des écueils à la cime mena ­ çante; qui traverse des déserts et des plaines fertiles, enrichit les cités de ses rives, reçoit le tribut de vingt autres fleuves', pour 1 Treize rivières, grandes comme des fleuves, se jettent dans le Volga, ce qui sera indiqué en son lieu. Je dis treize, parce que je n ’ entends parler que des plus considérables.

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