Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

170 VOYAGE EN RUSSIE. croirait lire un conte des Mille et une Nuits. Bientôt, touché des larmes des trois enfants du commandant : deux fils, et une fille nommée Oulita, il leur fit rendre de grands honneurs et les en ­ voya à son fils André, à Vladimir; « après quoi, dit l ’ historien, il fit entourer de palissades la montagne sur laquelle s ’ élève aujourd ’ hui le Kremlin, y jeta les fondements d ’ une ville, qu ’ il nomma Moskva, du nom de la rivière qui coulait auprès. Un peu plus loin, à l ’ endroit où se trouve à cette heure le couvent Zna- menskoï, il en éleva un autre qu ’ il appela Kitaï, d ’ un surnom qu ’ avait porté son fils André dans son enfance. » Tout n ’ était pas fini cependant; il fallait peupler ces deux villes nouvellement fondées. Le grand prince y appela les habitants des environs et en fit venir de Vladimir. J ’ ai dit qu ’ on croirait lire un conte arabe. En effet, cette œuvre finie, le bon Youri continua sa route pour Vladimir, là il trouva bon de faire épouser à son fils la jeune Oulita, la fille du tuissiatchnoï qu ’ il avait fait mettre à mort; puis il emmena les deux mariés à Kieff, mourut un an après son retour, en recommandant à son fils de peupler Moscou. Il est certain que dans le principe cette ville ne fut qu ’ une sorte de place d ’ armes, de rendez-vous militaire, où les princes réunissaient les troupes des provinces voisines. Sa position cen ­ trale en fit aussi probablement un marché, point de départ de ce mouvement commercial qui devait faire de Moscou la ville la plus industrielle de l ’ empire. Ici, il devient difficile de suivre l ’ histoire de cette ville, qui eut le sort des différentes cités de la Russie ; c ’ est-à-dire que son his ­ toire fut une complication de guerres, de surprises, d ’ incendies et de troubles sans fin. Lorsque la conquête mongole eut lieu, Moscou fut prise et brûlée comme la plupart des autres villes russes. Par qui fut-elle reconstruite ? les chroniques ne le disent point. Mais on sait qu ’ à une seconde invasion tatare, à peu de temps de la première, elle fut de nouveau envahie, saccagée et brûlée.

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