Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
MOSCOU. 169 capitale des Dmitri-Donskoï et des Jean Kalita, des Jean III et des Jean IV, de Moscou , en un mot, l ’ origine et la base de la puissance politique des tsars. Les historiens sont divisés sur l ’ origine de Moscou. Les uns la placent au neuvième siècle. Suivant ceux-ci , Oleg, tuteur du jeune Igor, fils de Rurik, fit construire, en allant de Kieff à Nov gorod, une petite ville sur une rivière qui traverse actuellement Moscou, la Neglinnaïa, et l ’ entoura d ’ une palissade. Les autres lui donnent une origine moins ancienne, mais plus certaine, en la plaçant simplement au douzième siècle, trois siècles plus tard. Or, à l ’ endroit où s ’ élève aujourd ’ hui la cité des tsars, on ne voyait en 1147 que quelques groupes de villages pittoresquement assis au penchant de collines verdoyantes, dont la sinueuse Moskva baignait les pieds. Le grand prince de Kieff, Youri, fils du célèbre Vladimir Monomaque, qui avait pris ce titre parce que sa mère était fille de Constantin Monomaque, empereur de Cons tantinople ', allant visiter son fils André, prince de Souzdal et de Vladimir, passa par là et fut frappé de la beauté du site. Il voulut savoir à qui appartenait ce domaine. On lui nomma le commandant Koutchko; celui-ci, que son titre de tuissiatchnoï 2 et ses grandes richesses rendaient puissant dans le pays, reçut le grand prince avec hauteur, presque avec dédain, s ’ exprima cavalièrement sur son compte, et refusa de lui rendre les hon neurs qui lui étaient dus. L ’ irritation du prince peut se concevoir. Il lit amener devant lui l ’ orgueilleux Koutchko, et après lui avoir sévèrement reproché son insolence, il le fit mettre à mort et jeter dans un marais. On 1 Vladimir-Monomaque est célèbre par l ’ esprit de douceur, de justice et d ’ huma nité qui le distingua au milieu d ’ un siècle où la force brutale tenait si souvent lieu de ces qualités; il était pénétré d ’ une philosophie ou plutôt d ’ une morale chrétienne qui respire tout entière dans ses derniers conseils à ses enfants, où l ’ on croirait lire la pensée noble et chrétienne de saint Louis. J ’ aurai probablement occasion d ’ en citer plus tard quelques passages. 2 Commandant de mille hommes.
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