Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

INTRODUCTION. 5 point effectivement à la suite d ’ un rapide voyage fait pendant la belle saison à Saint-Pétersbourg et à Moscou qu ’ on peut connaître la Russie, ses institutions, ses villes, son peuple, ses mœurs, son esprit national, sa littérature, ses arts, son histoire, l ’ ex ­ pression et la valeur de toutes ces choses. Un voyage en Russie ne saurait être fructueux qu ’ après une longue initiation à l ’ his ­ toire, à la langue, aux habitudes du pays. La Russie s ’ est trans ­ formée, il est vrai, s ’ est modifiée dans la manifestation de son existence, dans ce qui constitue sa vie extérieure; mais, au fond de tout cela, qu ’ on ne s ’ y trompe point, le caractère slave est resté le même; l ’ ancien boyard, le vieux Russe, est toujours Là. Ce peuple n ’ a pas cessé d ’ être celui que les Tatars subjuguèrent et qui finit par soumettre à son tour les Tatars. De là, pusillani ­ mité et orgueil, faiblesse et fierté; comme si le souvenir des jours de l ’ oppression venait alterner avec le souvenir du triomphe. R est vrai , le triomphe naquit du sentiment de la force nationale, sentiment qui, dans le long cours de son histoire, il faut en con ­ venir hautement, n ’ a jamais fait défaut au peuple russe. Le caractère de ce peuple nous échappe à nous autres , vieux peuples d ’ Occident, qui voudrions rapporter toute chose à un principe commun; il nous échappe parce qu ’ il est mobile et plein de contrastes. Ainsi, les mœurs sont luxueuses dans les hautes classes; mais, au besoin, le Sarmate paraît, qui abandonne avec insouciance les mollesses de Capoue pour la rude existence des camps, les lambris dorés des palais pour la tente nomade du sol­ dat.... Le peuple proprement dit est admirable de confiance et de résignation , d ’ où cette immense force morale du pays : aucune calamité ne saurait abattre le Russe; avos répond à tout, mot in ­ traduisible qui signifie à la fois : confiance en Dieu, espoir au sort, soumission à la force des choses. La prévoyance lui manque, non pas qu ’ il en soit incapable, la politique de ses princes, depuis neuf siècles, a prouvé le contraire, mais dans la vie civile il trouve

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