Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

4 VOYAGE EN RUSSIE. devient une des plus galantes du monde : on y fait des petits vers, des quatrains et des madrigaux français ; on y adopte la poudre et les talons rouges; une grande princesse préside un cénacle de beaux esprits, tout en enlevant leur plus belle province aux Turcs. Ainsi on arrive à l ’ époque actuelle, non sans passer par des tran ­ sitions, des accidents, des nuances, qui seront indiqués à l ’ oc ­ casion; je ferme la parenthèse. Quand, dis-je, on embrasse par ­ la pensée tout ce pays, tous ces événements, toutes ces choses, l ’ imagination demeure étonnée, et l ’ on admire la grandeur, l ’ ori ­ ginalité, la poésie étrange de ce spectacle inouï. On le voit, la Russie est pittoresque, elle est pittoresque dans sa nature, darrs son histoire, dans ses mœurs, dans ses villes, dans ses monuments; elle est pittoresque comme l ’ Espagne, comme l ’ Italie sont pittoresques, seulement d ’ une autre manière, à traits plus rudes et plus larges , à effets plus contrastés , plus heurtés, plus brisés. Et je n ’ ai point parlé de ses traditions poétiques, de ces contes populaires des steppes, de ces écrits chevaleresques de la cour de Vladimir le Grand, splendide comme les cours fabuleuses d ’ Arthus et de Charlemagne. Sans doute ici il n ’ existe pas un corps de littérature complet, un ensemble de poèmes dont les héros soient connus comme nos Roland, nos Olivier, nos Re ­ naud; mais la tradition existe et elle se débrouillera. Déjà plus d ’ un jeune poète se plaît à l ’ interroger. Depuis quelques années on s ’ évertue à écrire sur la Russie, dont l ’ influence politique est désormais devenue considérable en Europe. Mais, disons-le, à part un petit nombre d ’ ouvrages, quel ­ ques rares études publiées dans la Revue des deux Mondes et ail ­ leurs , il ne paraît sur ce pays que des livres remplis d ’ erreurs , ou des pamphlets : la Russie reste donc toujours pour l ’ Europe à l ’ état de terre ignota, que nous dérobent la distance, l ’ ignorance de la langue et le défaut d ’ une étude sérieuse et locale. Ce n ’ est

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