Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
ROUTE DE MOSCOU. 151 maisons de plaisance, aux environs de l ’ une ou de l ’ autre capitale; mais ils ne visitent presque jamais leurs terres, dont la gestion est abandonnée à des intendants, l ’ un des grands malheurs du pays. A la seconde division se rattachent les fortunes moyennes. Ces propriétaires appartiennent à la bonne noblesse; ils ont des alliances distinguées, entretiennent des relations avec leurs amis et leurs parents de la capitale, où ils vont de temps en temps passer l'hiver; mais, d ’ habitude, ils séjournent dans leurs terres, par raison d ’ économie, par système, par goût quelquefois. J ’ en ai connu qui pensaient en ceci comme César : « Le premier dans un village plutôt que le second à Rome. »Ceux-ci élevés en hommes du monde, familiarisés aux usages modernes, confondent, dans leur vie campagnarde, les moeurs recherchées de notre civilisation luxueuse et raffinée avec les mœurs patriarcales, simples, et à certains endroits fastueux de la vieille Russie. Reste la troisième catégorie, composée des petits propriétaires qui ne quittent jamais leur province, rarement le domaine qu ’ ils habitent, et dont la fortune, quelquefois excessivement restreinte, - quoiqu ’ il y en ait aussi de riches, les forcea vivre rustiquement; et cependant, si pauvres qu ’ ils soient, leur table ou leur maison n ’ est jamais fermée à l ’ hospitalité. Mais parmi ceux-ci, même les plus riches, les bruits des affaires européennes n ’ arrivent qu ’ en échos affaiblis : on peut dire que leur esprit, comme la coupe de leurs vêtements, date d ’ une autre époque; tout ce qu ’ ils savent de la civilisation moderne, c ’ est le progrès de l ’ industrie russe à l ’ intérieur, et ils en profitent : ainsi, le chemin de fer de Moscou, la chaussée de Nijni-Novgorod, la navigation à vapeur du Volga, les fabriques de sucre de betterave, la distillation de l ’ eau-de-vie de froment, sont des choses dont ils ont une idée très-juste. La famille L..., que j ’ allais visiter, appartenait à la deuxième de ces catégories. J ’ étais attendu. Je trouvai à Torjok une calèche attelée de quatre vigoureux chevaux qui guettait mon arrivée, et en une heure et
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