Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

ROUTE DE MOSCOU. 147 d ’ Iversk *, avec ses coupoles surmontées de la croix grecque : la vue de ces lacs avec leurs îles boisées, et de ce monastère aux croix brillantes parmi la verdure, sourit délicieusement aux yeux du voyageur fatigué de la monotonie de la route. Ce lac, de huit verstes de longueur sur quatre de largeur, se dégorge dans un autre lac qui va porter ses eaux dans la Msta, rivière navigable qui joue un rôle important dans le système de canalisation russe. La diligence s ’ était arrêtée devant la maison du relai. Nous fûmes aussitôt entourés, assiégés, enlevés, étouffés, par une troupes de jeunes fdles, quelques-unes assez jolies, toutes fort agaçantes, qui nous offraient des espèces de craquelins, détes ­ table production indigène qu ’ il faut acheter bon gré mal gré. Les jeunes marchandes vous harcellent, vous pressent, vous suivent, vous prennent d ’ assaut... je n ’ exagère point.L ’ une d ’ elles s ’ était attachée à mes pas; elle était jolie et gracieuse... Mais si votre amoureux vous voyait ? lui dis-je — Comment voulez-vous qu ’ il me voie? répondit-elle naïvement. — Mais seule, avec un étranger ? — Pourvu que vous m ’ achetiez beaucoup de baranes, c ’ est, je crois, le nom de ces abominables craquelins. Je lui achetai toute sa pro ­ vision et en bourrai les poches de la voiture pour les distribuer aux petits garçons de la route. Au moment où la voiture allait partir, ma jeune marchande se tenait devant la portière, fière de s ’ être défaite de ses baranes. Je la saluai en lui envoyant du bout des doigts un baiser à l ’ italienne. Elle s ’ enfuit en rougissant. J ’ avais remarqué que ces jeunes filles avaient une prononciation étrange. Je me rappelai alors que cette ville fut peuplée par le tsar Alexis, le second Romonoff et le père de Pierre le Grand, de pri ­ sonniers polonais et finnois, ce qui m ’ expliqua ce langage, dont l ’ académie russe ne reconnaîtrait certainement pas la légitimité. La route rentra dans la solitude. J ’ aperçus une source recou- 1 Fondé en 1654 par le patriarche Nicon, et où l ’ on trouve de fort beaux édifices en pierre.

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