Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
146 VOYAGE EN RUSSIE. Les hommes sont grands, forts, bien découplés. C ’ élait un di manche, et il y avait plaisir à les voir groupés devant les maisons de poste, tous propres, vêtus de légères chemises bleues ou rouges, sans cols, fixées à leurs reins par une étroite ceinture et dessinant leurs formes élégantes et robustes. Toutes les poses de ces hom mes sont empreintes d ’ une grâce naturelle pleine d ’ harmonie et de hardiesse. Les enfants sont frais et blonds ; ils accusent une forte santé et promettent une nature généreuse... Quant aux femmes, elles ne sont réellement charmantes que tant qu ’ elles sont jeunes : alors elles ont cette grâce native de la femme qu ’ on trouve dans toutes les latitudes, celle des Samoièdes et des La pons exceptée. Mais dès qu ’ elles cessent d ’ être jeunes filles, il semble que leur sexe les abandonne, et vieilles femmes elles en ont complètement perdu le caractère. Je veux dire que rien en elles, pas même le vêtement, n ’ indique la femme. Ceci paraît un peu exagéré : il l ’ est peut-être en effet, mais ce que je puis af firmer d ’ une manière certaine, c ’ est que sur toute la ligne qui sépare Saint-Pétersbourg de Moscou, les hommes sont d ’ une na ture singulièrement plus riche et plus généreuse que celle des femmes. Vers le milieu du jour, je crus m ’ apercevoir que, sans perdre de sa monotonie, la route s ’ élevait un peu : nous étions dans le voisi nage des monts Valdaï. Un bourg riant se présente; au bout de la rue est un corps de garde. Ici le chemin tourne et monte : ce sont les premiers degrés du Valdaï. J ’ aperçus d ’ abord des terres ver doyantes, des prairies, quelques jardins; puis les champs s ’ ani mèrent, les villages se rapprochèrent, nous étions au centre de la chaîne de ces coteaux élevés, dont l ’ ondulation se prolonge sur une longueur de quatre cents verstes et une largeur de quatre- vingts. Nous entrâmes bientôt dans la ville qui porte leur nom. Elle est posée sur les bords d ’ un lac à la surface unie et riante, coupée d ’ îles fraîches et ombragées dont l ’ une laisse voir, à tra vers les grands arbres qui la couvrent , l ’ église du monastère
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTY3OTQ2