Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
ROUTE DE MOSCOU. 145 XX Continuation de la route de Moscou. — Sortie de Novgorod. — Aspect général. — La chaussée. — Les villages et les paysans. — Valdaï : la ville, le lac, les monts. _ Vychni-Volotehok. — Point de communication entre la Baltique et la Caspienne. — Torjok. A deux heures, l ’ essieu de notre diligence était raccommodé, et nous remontâmes en voiture. Nous fûmes bientôt à l'extré mité de la grande rue aux maisons blanches et riantes dont j ’ ai parlé. Les faubourgs arrivèrent : de pauvres maisons de bois, ver moulues, basses et penchées, mais se prolongeant sur un espace immense et bien fait pour rappeler l ’ étendue de la vieille Nov gorod. Nous en sortîmes. A l ’ aspect qui se présenta à nos regards, je pensais involontairement à l ’ enfer du Dante, et me crus au milieu d ’ un de ses cercles mystérieux et terribles. C ’ étaient de tous côtés de profonds marais s ’ étendant à l ’ horizon , humides, menaçants, sans bornes. Seulement en face de nous, du sein des terres aquatiques, s ’ élevaient sur une colline comme trois mer veilles échappées au naufrage commun, trois églises, trois monas tères plutôt, couronnés de leurs coupoles byzantines, avec leurs minarets et leurs croix d ’ or. Quelques bouquets de sapins au feuil lage sombre les ombrageaient pittoresquement. Mais la grande merveille, c ’ était la chaussée sur laquelle roulait notre pesant équipage, ligne solide suspendue entre le ciel et le sol mouvant, œuvre magnifique et géante comme en faisaient jadis les Romains ! A de longues distances, des villages perdus dans la solitude nous montraient leurs riantes maisons de bois dressées des deux côtés du chemin comme une double rangée de tentes, et nous nous de mandions comment ces habitations humaines n ’ enfoncent pas dans les marais qui les entourent. La nature vivante du pays est riche toutefois, et pleine de sève. 10
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