Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

136 VOYAGE EN RUSSIE. et le conducteur nous déclara qu ’ il nous fallait gagner Novgorod à pied, ajoutant que nous ne pourrions guère en repartir avant l ’ après-midi. C ’ était cinq ou six verstes à faire à quatre heures du matin, sur un chemin excellent et par un temps magnifique. J ’ ai dit plus haut que le Russe est admirable de résignation. Pas un de nos compagnons ne laissa échapper la moindre humeur à la suite de cet accident. L ’ un dit : 11 est sûr qu ’ on aurait pu faire une chute plus malheureuse; Dieu nous a protégés; l ’ autre : C ’ est une aventure de voyage; l ’ autre : Ce sera une journée de perdue, mais que faire? Le Grec me dit : voilà ! j ’ embrasserai ma femme un jour plus tard, Le vice-gouverneur ne proféra pas une parole. Pour moi, je n ’ étais pas fâché de passer ma journée à Nov ­ gorod. Pour le voyageur qui traverse Novgorod sans s ’ enquérir de l ’ histoire de cette cité si déserte et si humble, malgré les blanches et riantes maisons de sa grande rue; malgré son fleuve avec son pont de granit ; malgré son ancienne cathédrale, que personne ne songe à visiter; malgré le vieux rempart qui la ceint de ce côté; malgré son nom enfin, qui devrait réveiller quelques échos dans sa mémoire, pour celui-là, Novgorod n ’ est qu ’ une ville de troisième ordre, sans charme, sans intérêt, sans signification, perdue dans une de ces immenses plaines de l ’ empire comme tant d ’ autres villes dont on oublie le nom dès qu ’ on les a traversées. Et cependant il suffit de reporter un instant sa pensée vers le passé , il suffit d ’ évoquer les vieux souvenirs de l ’ histoire mos ­ covite, pour se découvrir le front devant les murs de cette ville, pour les franchir avec recueillement et respect ; car elle fut le berceau de l ’ empire russe, car elle fut aussi la Carthage du

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