Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854

112 VOYAGE EN RUSSIE. cabrèrent : ils étaient tout tremblants et reniflaient avec force. Leur émotion s ’ empara de nous et nous pensâmes, avec un senti ­ ment assez désagréable, qu ’ il nous faudrait combattre le monstre de bien près avec nos poignards turcs. Toutefois, nous nous pré ­ parâmes bravement : il n ’ est rien comme la nécessité pour dénouer le courage. L ’ ours avançait toujours sans faire mine de nous voir. C ’ était une marque de mépris dont nous songeâmes peu à nous formaliser. Nous eûmes bientôt le mot de cette indifférence. L ’ ours était apprivoisé, il avait un anneau passé dans le naseau, avec une chaîne fixée au cou. Ses maîtres, deux pauvres Russes qui l ’ ame ­ naient deTornéo, le suivaient, à l ’ ombre, derrière les hauts gené ­ vriers ; c ’ était ce qui les avait dérobés à nos regards. Heinola est une petite ville propre et riante, avec ses toits rou ­ ges et les grands cadres blancs de ses croisées luisantes. Elle se mire dans un joli lac, le Pajjane. Nous sommes dans la Finlande suédoise. Les femmes y sont merveilleusement belles : Heinola est remarquable sous ce rapport. De Heinola à Mantsala, la route figure un immense jardin an ­ glais : rien n ’ y manque. On y trouve d ’ ailleurs un résumé de tout ce qui caractérise la nature delà Finlande. H elsingfors . — Ville entièrement neuve, et que n ’ ont point encore abandonnée les architectes. Elle s ’ étale gaîment en face de son port large et profond, où arri ­ vent chaque jour les navires de commerce et les bruyants pyros- caphes russes, chargés de colonies de passagers qui y apportent la vie des eaux et les plaisirs qui les accompagnent 1 . On chercherait en vain, dans cette jeune capitale de la Fin ­ lande 2 , les restes de la vieille cité fondée en '1550 par Gustave Vasa. Celle-ci était à sept kilomètres plus loin, et n ’ est plus qu ’ un 1 11 y a en effet un établissement de bains de mer fort suivi, et un autre d ’ eaux minérales factices. 5 Depuis l ’ incendie qui détruisit Abo en 1827.

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