Saint-Julien C. d., Voyage pittoresque en Russie. suivi d’un Voyage en Siberie par R. Bourdier-1854
LA FINLANDE. 107 dresser notre couvert, et ensuite nous servit... On peut juger de notre étonnement. Notre repas achevé, nous nous approchâmes bravement des brodeuses, et adressâmes en allemand la parole à la plus âgée. Elle nous répondit en français. ' Je ne pus retenir un moment de surprise et de confusion. La dame, qui le comprit, sourit doucement, et après quelques phrases parfaitement convenables, elle ajouta : Ce qui m étonne, messieurs, c ’ est que vous n ’ ayez pas soup çonné nos rapports avec les maîtres de cette maison en voyant une de mes filles vous servir... — Votre fille, madame ! dis-je, de plus en plus étonné... Vous n avez au dans son action, reprit-elle, qu ’ un acte de domesticité qu ’ il vous était difficile d ’ accorder avec la façon de sa robe. Mais nous, messieurs, nous attachons un autre sentiment a cet acte. Vous êtes étrangers ici et nos hôtes; notre devoir est donc de vous servir. Je sais bien que vous me répondrez que vous êtes dans une hôtellerie ; mais vous verrez bientôt, à la rétri bution qu on vous demandera, que le service personnel n ’ est point compté 1 . Vous paraissez vouloir connaître l ’ historique de cette maison, je vous le dirai en peu de mots. A l ’ exception de ces trois hommes que vous voyez près de sortir, toutes les personnes qui sont ici ne forment qu ’ une famille : cinq générations sont réunies dans cette salle. En ce moment une jeune femme entra; elle était suivie d ’ une paysanne portant un enfant à la mamelle. L ’ autre continua : Ce vieillard alité est l ’ aïeul de la famille. Il a cent neuf ans. En voilà dix qu ’ il a perdu l ’ usage des jambes et des yeux, et que sa femme, cette vieille personne occupée à dévider près de son chevet, le soigne. — Il est né ici, comme son père; il y a vécu, il y mourra. Cette maison, qui ne fut pas toujours aussi vaste ni 1 Effectivement notre dîner nous conta 75 c. par tête.
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